Il ne faut pas se le cacher, certains pasteurs considèrent l’évangéliste comme une menace, comme un concurrent dans la proclamation, susceptible de détourner l’attention d’eux pour l’attirer sur lui. Bien sûr, ils ne l’avoueront pas ouvertement et s’en défendront même, mais en pratique, ils ne feront rien pour favoriser un ministère d’évangéliste, voire ils le contrarieront. Ils veulent voir leur Église grandir… mais à travers eux. D’autres pasteurs prient instamment pour que Dieu suscite ou leur envoie un évangéliste, car ils savent pertinemment qu’ils en ont besoin. Ils veulent voir leur communauté grandir à travers tous les ministères donnés à l’Église. Que l’évangéliste soit ou non le bienvenu, il faut comprendre comment son ministère s’articule au sein de l’Église locale pour que la collaboration fonctionne. L’évangéliste est tout aussi responsable que les dirigeants de l’Église de la mise en œuvre biblique et de la complémentarité des ministères.

Le ministère de l’évangéliste dans l’Église locale se décline en cinq facettes: c’est un communicateur, un formateur, un moteur, un mentor et un serviteur.

Le premier rôle de l’évangéliste est de communiquer l’Évangile. S’il ne devait subsister qu’une facette de son ministère, ce serait celle-là. Il communique dans l’Église locale et en dehors. Une façon de marginaliser l’évangéliste est de lui dire, comme cela m’a déjà été dit: « L’évangéliste est appelé à communiquer l’Évangile en dehors de l’église locale ». C’est vrai, mais seulement en partie. L’évangéliste est appelé à communiquer l’Évangile partout! Ce qui veut dire aussi bien dans l’Église qu’en dehors. Et ceci pour quatre raisons:

1. L’Église n’est pas encore le paradis peuplé uniquement de chrétiens. On trouve en permanence dans l’Église un nombre variable d’incroyants: soit des irréductibles qui viennent à l’Église parfois depuis longtemps, soit des visiteurs fraîchement arrivés.

2. C’est au temple que les chrétiens amènent leurs contacts pour recevoir une explication de l’Évangile.

3. Les chrétiens ont besoin de retrouver la splendeur de l’Évangile dans le message de la croix. Nous sommes très vite blasés. Même un évangéliste peut devenir un technicien froid et détaché du fabuleux message de vie et d’espérance qu’il transmet. Les chrétiens nés de nouveau sont réveillés et redynamisés en entendant à nouveau le message qui a transformé leur vie. J’étais au Québec en 2018. Je suis repassé dans une Église où j’étais allé en 2012. Un couple est venu me trouver après la proclamation de l’Évangile. Je les ai reconnus pour avoir donné leur vie à Christ, ensemble le même jour, six ans plus tôt. Ils m’ont confié: « Nous voulions absolument être présents pour réentendre le message qui a changé nos vies ».

4. En rappelant les bases de l’Évangile à ceux qui ont reçu Christ dans leur vie, l’évangéliste contribue à les enraciner et à les fonder en Christ. L’Évangile proclamé renforce leur foi pour les aider à marcher en Christ. L’apôtre Paul « évangélisait » aussi les chrétiens pour les faire grandir dans leur union à Christ: « Ainsi donc, tout comme vous avez accueilli le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui; soyez enracinés et fondés en lui, affermis dans la foi telle qu’elle vous a été enseignée, et soyez-en riches en exprimant votre reconnaissance à Dieu » (Colossiens 2: 6-7). On n’entend jamais trop l’Évangile!

Rappelons-le, l’explication de l’Évangile est le cœur du ministère de l’évangéliste. Il doit s’y consacrer entièrement. L’apôtre Paul encourage le jeune évangéliste Timothée à ne pas négliger le don qu’il a reçu. Il ajoute: « Occupe-toi de ces choses, donne-toi tout entier à elles » (1 Timothée 4: 15). L’apôtre Paul parle de sa vocation comme d’une nécessité qui lui est imposée. Il insiste en disant: « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile! » (1 Corinthiens 9: 16). Voilà qui témoigne d’une vraie priorité. Elle doit se traduire dans le choix des engagements de l’évangéliste. Rien n’est plus facile que de détourner quelqu’un de sa vocation. Il suffit de lui confier d’autres tâches importantes qui peuvent émaner soit des responsables soit de l’évangéliste lui-même. Plus la tâche est spirituelle, plus elle est tentante. Plus la personne qui propose cette tâche jouit d’une autorité, plus l’évangéliste est flatté. Quand j’alliais profession et ministère, j’ai toujours refusé d’occuper la position d’ancien dans une Église, sauf pendant trois ans quand il n’y avait plus de pasteur. Pas parce que je méprise cette charge, bien au contraire. Je la considère comme éminemment importante et précieuse. Mais j’ai été appelé à être évangéliste, pas à devenir ancien. Ce sont deux services qui demandent une implication forte au niveau émotionnel, spirituel, en énergie et en temps. Au vu de ma situation, ils s’excluaient mutuellement. Ce n’est qu’un exemple et surtout pas une règle. Chaque situation est différente. Mais le principe est de se consacrer prioritairement et, si possible, exclusivement, à la communication de l’Évangile, à commencer par l’Église locale. S’il reste du temps, peut-être serez-vous appelé à communiquer l’Évangile dans d’autres Églises, villes, régions ou pays.

Un autre piège est la surcharge. Même en restant attaché à son ministère et actif dans son Église locale, on peut trop charger ses épaules. Le burnout est un fl éau qui touche beaucoup de serviteurs de Dieu. Apprenons à dire non à ce qui nous écarte du ministère et l’encombre. Mais n’oublions pas de dire oui à ce qui correspond à notre vocation. Ne laissons pas la flamme de notre appel s’éteindre ou nous brûler.

Le rôle du pasteur et des anciens (les « surveillants » ou les « veillant sur ») est déterminant. Ils sont là pour veiller sur chaque personne et chaque ministère. Avec sagesse et bienveillance, ils seront attentifs à l’équilibre des évangélistes pour canaliser leur fougue et les conseiller. Si c’est à l’évangéliste d’abord de veiller sur lui-même et sur son enseignement (1 Timothée 4: 16), c’est aussi aux dirigeants de veiller sur eux et de les recadrer si nécessaire.

UN FORMATEUR

L’évangéliste forme à la communication de l’Évangile dans l’Église. En principe, il est le spécialiste. Il s’est formé et continue à se former de façon continue. Il existe de plus en plus de formations dispensées pour les évangélistes, soit par les écoles bibliques, soit par les organisations. L’évangéliste ne partage pas seulement des techniques.

Plus que de s’être formé, il s’est surtout laissé transformer par Jésus-Christ. Il est passionné et transmet sa passion. Un évangéliste doit comprendre la communication de l’Évangile dans le Nouveau Testament. Il doit être enthousiasmé par les possibilités qu’ouvre le modèle biblique. Ce devrait être le premier axe de formation qu’il donne dans l’Église. Quand tout le monde a compris quel est son rôle et où est sa place, l’évangéliste peut apporter des formations spécifiques, en fonction des personnes, des tâches ou des groupes-cibles. Beaucoup de chrétiens ont la volonté de communiquer l’Évangile, mais manquent de formation et de confiance en eux. L’évangéliste peut les former à l’accueil, aux groupes de maison, au travail social, à la conversation, à la proclamation, etc. Ces formations s’enseignent en équipe avec le pasteur et les leaders impliqués dans les activités.

L’évangéliste devient la personne-ressource en matière de communication de l’Évangile. Il s’informe de ce qui existe et se pratique. Beaucoup de chrétiens ont testé et validé d’excellentes idées conformes au modèle biblique et qu’on peut reproduire. L’originalité n’est pas un critère biblique. L’évangéliste propose et oriente les chrétiens vers les outils ou les procédés disponibles en livre, en vidéo, sur internet, etc. Il relaie aussi vers les personnes qui peuvent apporter une réponse à une demande spécifique. L’évangéliste ne sait pas tout, mais il connaît d’autres personnes qui savent. Certains domaines sont spécifiques comme partager l’Évangile aux personnes âgées, aux malades, aux prisonniers, aux enfants, aux personnes précarisées, etc. Une formation générale doit souvent être complétée par un enseignement particulier.

Pour être encouragé et pour encourager, l’évangéliste se constitue un réseau avec les autres évangélistes de son pays ou de sa région. Il participe aux événements qui réunissent les évangélistes, comme le Forum des Évangélistes (Voir le site du Forum des Évangélistes) . Il en fait ensuite profiter son Église.

UN MOTEUR

L’évangéliste est le moteur de la communication de l’Évangile dans l’Église. Nous savons maintenant que la communication de l’Évangile est multiforme et qu’elle implique tout le monde. Il faut néanmoins un coordinateur. L’évangéliste assume ce rôle. Il donne les impulsions. Il stimule l’engagement. Il donne à tous le sentiment de leur utilité. Son but est que chacun s’épanouisse dans la communication de l’Évangile. Point important, il motive sans culpabiliser. Trop souvent, la pression est mise sur les chrétiens pour les faire bouger. C’est une attitude non biblique et contre-productive. L’obéissance à Christ sans amour ne produit aucun fruit et s’éteint aussi vite que la pression se relâche. Le modèle biblique nous parle de passion, pas de pression.

L’évangéliste se réjouit des initiatives et des idées des autres. Il fait circuler l’information au sein de l’Église pour que chacun garde une vue d’ensemble.

L’évangéliste travaille en équipe avec d’autres personnes passionnées qui poursuivent le même but. On peut appeler cette équipe « comité d’évangélisation » ou autrement mais ce qui importe, c’est son unité et sa volonté d’aider l’Église à accomplir sa mission. Avec les autres, l’évangéliste recherche les activités les plus adaptées à son Église et à son environnement. Il est taraudé par cette question: « Comment l’Église peut-elle atteindre les gens de son quartier? ». Par expérience, il est souvent porteur de projets, tout en étant le premier supporter des projets des autres. Il veille à l’équilibre des événements de pré-communication et de communication directe de l’Évangile. Il propose des actions concrètes de petite, moyenne et grande envergure. Cela va de la programmation d’une réunion unique ou d’une animation de rue, à un week-end ou une semaine d’actions. Il met son réseau à disposition de l’Église. Il est l’interface entre l’Église et les partenaires et renforts extérieurs (autres Églises, organisations, etc.).

L’évangéliste est plus qu’un théoricien. Il accompagne et précède les actions extérieures à l’Église. Il va au contact. Il connaît l’importance de la prière et l’intègre dans ses plans. Il n’est pas seulement « l’expert »; il est aussi la « petite main ». Il n’hésite pas à ranger les chaises, laver la vaisselle ou nettoyer le sol si nécessaire.

Il est attentif aux autres ministères et personnes dans l’Église. La communication de l’Évangile ne fait pas d’ombre aux autres activités. Elle ne les étouffe pas, mais leur donne une dimension plus large. L’évangéliste est conscient que tous les dons et les ministères sont importants et il défend les autres autant que les siens.

UN MENTOR

L’évangéliste accompagne les apprentis évangélistes. Le concept de mentorat n’est pas nouveau: voyez Moïse avec Josué, Jésus avec ses disciples, Paul avec Timothée et Silas, Barnabas avec Jean-Marc. Les pays anglo-saxons ont renoué avec ce rôle bien avant nous. Nos pays francophones en redécouvrent l’importance. C’est peut-être parce que j’en ai été privé que j’en saisis la portée.

À côté de formations plus académiques ou classiques, le mentorat permet à l’apprenti évangéliste de faire des bonds spectaculaires dans sa croissance. Le mentor ne s’attache pas à l’accroissement des compétences techniques ou intellectuelles, mais au développement du caractère. En définitive, c’est le caractère spirituel de l’évangéliste qui va lui permettre de tenir bon dans son ministère. La relation entre le mentor et son protégé permet une vraie transparence. Ce n’est pas un transfert de savoir, mais un échange d’expérience. Le mentor n’est pas un directeur de conscience, mais un serviteur de Dieu plus avancé qui partage son vécu avec ses forces et ses faiblesses. Sans complaisance et sans hypocrisie. Il pose les bonnes questions, celles qui dérangent. Pas pour mettre mal à l’aise, pas par curiosité malsaine, mais pour dire: « Mes combats sont tes combats ». Il accepte aussi de répondre aux questions dérangeantes. S’il a obtenu la victoire dans un domaine où il est faible, le mentor sait que c’est par grâce. Il encourage son protégé à se fortifier « dans la grâce qui est en Christ-Jésus » (2 Timothée 2: 1). Il ne crée pas une distance ou une codépendance; il tisse un lien nourricier qui, tel un cordon ombilical, se détachera dès qu’il ne sera plus nécessaire.

Le mentor est passionné par le développement de l’apprenti. Il le guide par des entretiens tout en le suivant dans le ministère. Il partage les disciplines de piété qui ont affermi sa foi. Il veut voir l’apprenti réussir, même mieux que lui. Pour être devenu moi-même mentor de plusieurs jeunes apprentis évangélistes, j’en saisis l’impact, à la fois pour le mentor et son protégé. Dieu se sert de cet accompagnement pour les faire progresser l’un et l’autre.

Le mentorat a été largement développé dans l’ouvrage de Martin Sanders et Alain Stamp : Multiplier les leaders : le mentorat, l’art de l’accompagnement, BLF, 2012. Nous y renvoyons le lecteur.

UN SERVITEUR

Un évangéliste reste avant tout un serviteur. Il ne doit pas attraper la grosse tête. L’orgueil est un des pièges tendus à l’évangéliste. L’apôtre Paul résume parfaitement ce que sont en définitive les communicateurs de l’Évangile, même les plus renommés: « Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun » (1 Corinthiens 3: 5). Dès que nous cessons d’être serviteurs, nous cessons d’être évangélistes.

L’évangéliste n’est pas un franc-tireur. Le fait de travailler en équipe et d’être redevable envers les dirigeants de l’Église et envers un mentor le protège. Quand quelqu’un veut s’isoler et travailler seul, cela cache souvent quelque chose. Dieu nous veut dépendants de lui et interdépendants les uns des autres.

L’évangéliste reste à sa place. S’il souhaite que personne ne méprise son ministère, il doit être un modèle pour les croyants (1 Timothée 4: 12). Son charisme, son leadership et son influence éventuels ne doivent pas le conduire à penser qu’il sait mieux que les autres ce qu’il faut faire. Le succès dans un ministère dépend de plusieurs facteurs dont l’élément dominant est l’action de l’Esprit de Dieu. Nous devons rester éblouis de voir l’œuvre de Dieu s’accomplir sous nos yeux. Et reconnaître humblement que si c’est avec nous, c’est parfois malgré nous. L’évangéliste ne doit pas transformer une success story de son ministère en vérité absolue. Il arrive de penser que si on réussit, c’est parce qu’on a trouvé la méthode infaillible. La tentation est grande de promouvoir sa méthode plutôt que le modèle biblique et de focaliser l’attention sur nous plutôt que sur Jésus-Christ. Dans la communication de l’Évangile, nous connaissons plus d’échecs que de succès. Mais une seule personne qui se convertit à Jésus-Christ nous paie de tous les efforts et déceptions. Prions que le Seigneur nous préserve autant des risques du succès que des découragements de l’échec.

Laissons à l’apôtre Paul le dernier mot pour résumer les exigences imposées aux évangélistes, particulièrement dans l’Église locale: « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ et des administrateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu’on demande des administrateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle » (1 Corinthiens 4: 1-2). Fidèle à Jésus-Christ, fidèle à l’Évangile, fidèle à l’Église, fidèle à sa vocation.

Extrait du livre Communiquer l’Evangile aujourd’hui, Marc Van de Wouwer, Mars 2020, Chapitre 11.