« Jusques à quand, Éternel, appellerai-je au secours, sans que tu écoutes, te crierai-je: Violence! Sans que tu sauves? »

HABAQUQ 1: 2

Pendant combien de temps faut-il prier? Quand saurai-je que ma prière a été exaucée? Si je ne vois pas de réponse et continue de prier jour après jour, est-ce que cela relève d’un manque de foi ou est-ce que je fais preuve de persévérance?

Je me souviens d’un prédicateur qui cherchait à mettre l’accent sur l’importance de la foi dans la prière: «Lorsque vous priez, nous a-t-il dit, adressez votre requête à Dieu. Croyez qu’il vous a entendu. Nul besoin de la répéter – sinon ce serait le signe d’un manque de foi». Puis il a donné cette illustration: « Dans notre Église, à chaque réunion de prière, une petite dame répétait semaine après semaine: “Ô Dieu, bénis, s’il te plaît, les petits Chinois” ». Et d’ajouter: « En plus de sa façon un peu méprisante de parler des Chinois, était-ce nécessaire qu’elle répète la même prière semaine après semaine? Dieu ne l’avait-il pas déjà entendue? ».

J’avais envie de lui dire: « Mais, ne savez-vous pas que cette Église chinoise est passée de 600 000 personnes à pratiquement 100 millions en l’espace de 60 ans? Nous sommes témoins du réveil chrétien probablement le plus important de toute l’histoire, qui a débuté pendant l’une des périodes de persécution les plus intenses à l’encontre de cette minorité chrétienne. C’est sans doute grâce à des milliers de petites dames, qui humblement ont porté cette nation devant Dieu, semaine après semaine, que ce réveil a pu avoir lieu. Elles ont été les instruments de Dieu ».

Faut-il insister devant Dieu en priant sur une longue période? Ou suffit-il simplement de présenter notre prière une seule fois et de croire que Dieu nous a entendus… Plus besoin d’y revenir? Certains sont venus à Jésus avec une simple requête, d’autres ont crié avec insistance. D’autres encore, comme l’homme au bord de la piscine de Bethesda, ont attendu une réponse à leur prière pendant des années. Dans son cas, trente-sept ans!

J’ai raconté, dans un autre livre, la belle histoire des « Sept ans de prière pour l’Union soviétique ». Juste sept ans avant la chute du rideau de fer, Dieu a mis dans le cœur de Frère André de prier pendant sept années pour l’Union soviétique. Pour nous, la réponse à notre intercession est tombée juste au bon moment. Mais les chrétiens en Europe de l’Est nous ont dit: « Nous avons prié pendant soixante-dix ans! ». Il leur en a fallu, de la patience pour voir Dieu exaucer leurs prières!

« J’AI ENTENDU TA PRIÈRE »

Il est vrai qu’à certains moments Dieu nous dit clairement: « J’ai entendu ta prière. Maintenant tu dois me faire confiance ». J’aimerais l’illustrer par un témoignage personnel. Quand nous étions jeunes mariés, mon épouse Cecilia perdait énormément de cheveux. Nous sommes allés voir un médecin, mais les traitements prescrits ne se sont pas révélés efficaces. Cecilia a décidé de prendre des vitamines et des compléments alimentaires, mais toujours sans aucun effet. Mon amour pour elle, bien entendu, ne changeait pas, mais j’étais très troublé à la pensée que celle que j’aimais était en train de perdre ce qui faisait en partie sa beauté.

Bien évidemment, j’ai prié à ce sujet. À l’époque, j’étais souvent en tournée pour Portes Ouvertes. Je me souviens avoir eu une matinée de libre lors d’un déplacement dans le sud-ouest de la France. L’état de santé de Cecilia me troublait. Je suis allé me réfugier dans le jardin de la maison où j’étais hébergé et j’ai commencé à prier. C’est là que j’ai ressenti une réponse très claire de Dieu: « Michel, j’ai entendu tes prières. Maintenant je voudrais que tu me fasses confiance. Je ne veux plus que tu pries pour ce sujet ». Je me suis dit: OK, je ne vais plus jamais apporter ce besoin à Dieu dans la prière. Dieu l’a entendue. Et Dieu a tenu sa promesse. La guérison n’a pas été immédiate. J’ai dû faire confiance à Dieu. Mais j’avais l’assurance totale que Dieu m’avait entendu et que ma prière était exaucée. Aujourd’hui, vous ne remarquerez pas que Cecilia a souffert de ce problème.

Dans son Sermon sur la montagne, Jésus donne une clé de l’intercession: « Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvrira à celui qui frappe » (Matthieu 7: 7-8). Cet ordre recèle un certain nombre de degrés à gravir, comme les marches d’un escalier: demandez, cherchez, frappez. Une dynamique, un processus que l’on poursuit jusqu’à ce que l’on ait obtenu la réponse. Chaque étape semble être plus insistante que la précédente. Ces verbes sont au présent de l’impératif, dans un temps qui veut dire: demandez et continuez de demander. Ce court passage sur la prière se termine ainsi: « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux » (v. 12). Intéressant, n’est-ce pas? Une prière qui a pour objectif d’aider les autres. De les aimer comme nous nous aimons nous-mêmes.

ARGUMENTER AVEC DIEU?

La franchise et l’audace dans la prière dont font preuve les hommes de Dieu dans l’Ancien Testament est très impressionnante. Leur discours n’est ni mielleux ni flatteur. Ils préfèrent souvent négocier avec Dieu avec hardiesse! Quand Dieu se révèle à Abram et lui dit qu’il est son bouclier, et que sa récompense sera grande, Abram répond: « Seigneur Éternel, que me donneras-tu? Je m’en vais sans enfants, et l’héritier de ma maison, c’est Éliézer de Damas » (Genèse 15: 2)!

Comme nous l’avons vu, il va faire preuve du même aplomb devant le Seigneur quand celui-ci lui rend visite dans sa tente. Abraham plaide la cause des justes avant la destruction de Sodome et Gomorrhe. Il commence par demander miséricorde pour les éventuels cinquante justes de la ville et finit par baisser les enchères à dix. Dans cette négociation, c’est bien sûr la foi d’Abraham qui grandit et qui lui fait découvrir la personne de Dieu. Il comprend la valeur de la justice de Dieu. Dieu a bien l’intention de se révéler, car il dit: « Je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire ».

F. B. Meyer commente les quatre caractéristiques de cette prière. C’était une prière solitaire: Abraham avait quitté le campement. Il était seul avec Dieu, sans témoin. Dieu et lui discutaient seul à seul. C’était une prière prolongée: il suffit de quelques minutes pour lire le récit, mais combien d’heures Abraham avait-il passées dans la présence de Dieu près de la vallée où ces deux villes condamnées s’étalaient sous leurs yeux? C’était une prière humble, mais courageuse: les paroles d’Abraham sont pleines de respect, mais il persiste jusqu’au bout. C’était aussi une prière de persévérance: six fois Abraham revient à la charge.

La fin du passage montre que ce n’est pas Abraham qui dirige la conversation, mais le Seigneur lui-même: « L’Éternel s’en alla, lorsqu’il eut achevé de parler à Abraham ». Nous avions l’impression que c’était Abraham qui parlait à Dieu, qui prenait l’initiative, qui négociait. Mais, n’était-ce pas Dieu qui menait la conversation en réalité? Et c’est lui qui prend l’initiative d’y mettre fin et il s’en va.

L’intercession pour l’Église persécutée nous amène aussi à faire une longue marche avec Dieu, et cela prendra du temps. Du temps et de la persévérance.

Jusques à quand, ô Dieu! l’oppresseur déshonorera-t-il, l’ennemi méprisera-t-il sans cesse ton nom?

PSAUMES 74: 10

Jusques à quand, c’est le cri du psalmiste Asaph, devant la destruction du temple de Jérusalem: « Il n’y a plus de prophète, et personne parmi nous qui sache jusques à quand » (v. 9). Dans notre intercession pour l’Église persécutée, nous prions parfois pour un peuple qui a souffert la discrimination et l’oppression depuis des siècles. Quand l’Église est minoritaire, la persécution peut revenir à n’importe quel moment. Quand nous intercédons pour les chrétiens de ces pays, nous allons crier, comme eux: « Seigneur, jusques à quand? ».

 

Article extrait de Priez pour nous, de Michel Varton, paru en décembre 2020