Cher Étienne,

Je m’adresse à vous, car vous avez une longue expérience pastorale et des responsabilités qui vous ont conduit à rencontrer de nombreux pasteurs. Depuis plusieurs semaines, je passe par des moments très difficiles. Je suis de plus en plus fatigué et mon sommeil n’a plus rien de réparateur. Ce que je fais habituellement avec joie – comme préparer une prédication – devient une épreuve pénible qui me pompe toute mon énergie. J’ai souvent envie de pleurer sans raison et il m’arrive même d’avoir des idées noires!

Lors d’une récente pastorale, j’ai prudemment tenté de m’ouvrir à un collègue plus âgé pour qu’il me donne des conseils. J’avais à peine commencé à lui parler qu’il m’a repris avec fermeté en me disant que je n’avais qu’à prier davantage. Sa réaction m’a empêché d’en dire plus et m’a plongé dans le désarroi et la culpabilité. Comment prier davantage quand je n’arrive à dire qu’une chose au Seigneur: « Au secours! Je n’en peux plus! »? J’ai l’impression de n’avoir rien compris à la foi et de m’être trompé quant à l’appel au ministère. Tout cela me paralyse et mon état fait souffrir ma femme et mes enfants. Je me sens comme perdu et je demande de plus en plus souvent au Seigneur de prendre ma vie.

Croyez-vous que je dramatise et qu’il faut juste que je me repose? Que j’ai un problème spirituel à régler sans tarder? Ou que je ne suis pas fait pour le ministère pastoral? J’aurais grand besoin de conseils de votre part, car je n’arrive pas à y voir clair et j’ai bien du mal à réfléchir.

Bien à vous en Christ

Un berger désespéré

 

Cher berger désespéré,

Pour avoir connu un désespoir similaire à plusieurs reprises, le meilleur conseil que j’aie jamais reçu d’un collègue n’a pas été de devenir plus « spirituel », mais de ne pas rester seul avec mon problème et de chercher de l’aide. Il entendait par là une aide médicale dont je reparlerai plus loin.

En illustre compagnie

Permettez-moi d’abord de vous dire que vous n’êtes ni le premier croyant ni le premier berger à connaître un tel état de fatigue et de désespoir. Le grand roi David lui-même s’est écrié:

Dieu! Prête l’oreille à ma prière, et ne te dérobe pas à ma supplication! Sois attentif à mon égard et réponds-moi!
J’erre çà et là en soupirant et je m’agite, à cause de la voix de l’ennemi et en face de l’oppression du méchant; car ils font s’abattre sur moi le malheur, et avec colère ils m’accusent.
Mon cœur tremble au-dedans de moi, et les terreurs de la mort tombent sur moi.

Psaumes 55: 2-5

Élie, le prophète, ce géant de l’histoire biblique, après avoir défié les prophètes de Baal au mont Carmel, a pris peur devant les menaces de Jézabel: « C’en est trop! Maintenant, Éternel, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères ! » (1 Rois 19: 4b).

L’un et l’autre témoignent qu’ils ont été sensibles aux circonstances, profondément ébranlés par les menaces de leurs ennemis. Malgré leur foi exemplaire, ils sont restés humains, c’est-à-dire faibles et fragiles. Et je ne parle pas ici de leur inclination pécheresse, commune à toute l’humanité depuis la chute, mais bien de leurs limites de créatures. Jésus lui-même, dans son humanité exempte de tout péché, a connu les affres de l’angoisse à l’approche de sa mort: « Il commença à être envahi d’une profonde tristesse, et l’angoisse le saisit. Alors il leur dit: Je suis accablé de tristesse, à en mourir. Restez ici et veillez avec moi! » (Matthieu 26: 37b-38, BDS).

En éprouvant une immense fatigue doublée d’un profond désespoir, vous rejoignez l’immense cohorte de tous ceux qui vous ont précédé dans la foi et le service et ont connu le découragement, les pleurs, l’accablement et parfois même l’envie de mourir. Saviez-vous que le grand prédicateur baptiste du 19e  siècle, Charles Spurgeon, a ainsi lutté périodiquement et son épuisement était tel qu’il ne pouvait quasiment plus rien faire pendant des mois?

Vous n’êtes pas seul, cher berger désespéré, et c’est plutôt une bonne nouvelle parce que cela signifie que vous êtes humain, pas surhumain. Vous êtes limité dans vos possibilités et totalement dépendant du Seigneur pour demeurer dans la foi et persévérer dans le service. Dans sa mystérieuse souveraineté, le Seigneur permet que nous expérimentions parfois d’une façon particulièrement sensible nos limites de créatures et donc notre radicale dépendance du Créateur.

Un rendez-vous divin

Comme je souffre moi-même de troubles bipolaires et que j’ai traversé une dizaine de phases dépressives plus ou moins sévères, je me suis particulièrement intéressé au désespoir d’Élie et à la façon dont le Seigneur a pris soin de son serviteur. Je vous invite à lire ce qui suit avec votre Bible ouverte en 1 Rois 18 et 19.

À bien y réfléchir, l’effondrement d’Élie est compréhensible. Il vient de défier au mont Carmel les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophétesses d’Ashéra (1 Rois 18: 19) et donc l’autorité d’Achab et surtout de la terrible Jézabel. Grandiose et dramatique, le défi a dû mettre ses nerfs à rude épreuve: seul contre huit cent cinquante, Élie, pris d’une colère sainte, fait « monter les enchères » en creusant une rigole autour de l’autel, puis en faisant arroser d’eau l’holocauste et le bois au point de remplir la rigole (1 Rois 18: 32-35). Son zèle le pousse à créer des conditions telles que personne ne pourra se méprendre sur la puissance, la volonté et la gloire de l’Éternel si le sacrifice est consumé. Une fois sa prière exaucée – même les pierres de l’autel sont réduites en cendres par le feu divin  – il engage le peuple à l’aider à conduire les prophètes de Baal au bord du torrent pour les y faire égorger.

Quel homme aurait pu sortir indemne d’une telle confrontation? Pas Élie en tout cas qui est pris de panique quand la menace de Jézabel lui parvient (1 Rois 19: 2-3). Pourquoi celui qui a défié les prophètes de Baal et triomphé d’eux par l’Éternel craint-il à ce point les paroles de cette femme impie? Aurait-il déjà oublié la puissance de celui qu’il sert? Rien dans le texte ne permet de l’affirmer. Par contre, la succession des événements (le défi du mont Carmel puis la course devant le char du roi Achab en 1 Rois 18: 46), peut raisonnablement laisser penser qu’Élie, même « rempli de force par l’Éternel », y a laissé des plumes et se trouve épuisé.

En d’autres termes, servir fidèlement le Seigneur jusqu’à devenir entre ses mains un instrument puissant ne prémunit pas contre la fatigue, l’épuisement, le découragement… autant d’expressions des limites de la nature humaine. Il ne faut donc pas conclure trop vite, cher collègue, que votre état serait le symptôme d’un problème spirituel ou d’une incompétence pastorale. J’observe que l’ange de l’Éternel s’est gardé de porter quelque jugement que ce soit sur les idées noires d’Élie (« Prends-moi la vie ») comme sur ses idées fausses (« Je ne vaux pas mieux que mes pères »).

Dans un premier temps, son seul souci est de satisfaire les besoins primaires du prophète: la nourriture et la boisson, le sommeil et l’exercice physique (1 Rois 19: 5-8). Il prend soin d’Élie comme le ferait une mère aimante: il l’écoute sans lui faire de reproches, il le nourrit sans le presser de questions, il prend le temps nécessaire à son relèvement. Mais il ajoute bientôt un ingrédient auquel seul un Père divin pouvait penser: une longue marche dans le désert pour rallier Horeb!

Avant même qu’il ait lieu, ce rendez-vous divin est un message en soi.

• D’abord, par le sens donné. Obtenir un rendez-vous, savoir que vous êtes attendu, c’est conférer du sens aux jours qui passent. Or, pour celui qui aspire à mourir, le temps perd toute signification parce qu’il semble vain!

• Ensuite, par le lieu indiqué. Comme le précise le texte (v. 8), Horeb, c’est la montagne de Dieu, l’endroit où l’Éternel a fait alliance avec son peuple en lui révélant sa loi. Donner rendez-vous au prophète en ce lieu précis, c’est déjà signifier qu’Élie compte pour Dieu et qu’il veut se révéler à lui d’une manière spéciale. Voilà qui donne un relief tout particulier au temps qui passe désormais.

• Enfin, par la durée impliquée. Quarante jours et quarante nuits, et dans le désert de surcroît, c’est le temps de la patience et de l’épreuve: la patience d’un Moïse qui reçoit la loi de Dieu au Sinaï et l’épreuve d’un peuple qui ne voit plus son libérateur et s’empresse de se fabriquer un veau d’or. Quarante jours et quarante nuits de marche, c’est le temps de la patience et de l’épreuve. La patience de l’Éternel sait qu’il faut du temps à son serviteur épuisé pour récupérer et être prêt à entendre ce qu’il a à lui dire. L’épreuve d’Élie qui doit persévérer dans sa marche et croire, malgré son découragement, que le Seigneur est là, au bout du chemin.

Dans votre épreuve, cher berger désespéré, le Seigneur vous donne aussi rendez-vous, non à Horeb, mais au pied de la croix. Vous criez à lui, vous ne sentez peut-être plus sa présence, mais il est présent, tout proche de vous et même en vous par son Esprit. Prenant soin de vous, il attend le moment favorable pour se révéler d’une façon particulière. Le temps qui passe n’est pas vain même si vous n’en comprenez pas le sens. Nul ne peut dire combien votre épreuve durera, mais sachez que vous pouvez vous accrocher à cette promesse: « Dieu est fidèle et ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation, il donnera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter » (1 Corinthiens 10: 13).

Le doux murmure de la grâce

Au terme de cette longue marche de quarante jours et quarante nuits, Élie se trouve enfin à Horeb, au lieu du rendez-vous indiqué par l’ange de l’Éternel. Et là, le Seigneur se révèle à son serviteur d’une façon admirable. Il ne le presse pas de questions impatientes et ne s’empresse pas de rétablir la vérité (non, Élie n’est pas le seul à être resté fidèle! 1 Rois 19: 11, 18). Il ne lui assène pas sa volonté, mais lui pose une seule question: « Que viens-tu faire ici, Élie? » (v. 9). Notez qu’Élie est là sur l’indication de l’ange de l’Éternel et que le Seigneur sait ce qu’il va dire avant que la parole ne soit sur ses lèvres. Ce n’est donc pas le Seigneur qui a besoin d’être informé, mais Élie qui a besoin de parler. En fin pédagogue, le Tout-Puissant invite son serviteur à exposer sa plainte, à verbaliser son mal-être et, ce faisant, à se retrouver après ce temps d’errance.

Je parle d’errance parce que, dans son épuisement, Élie a largement dramatisé. En effet, il s’est cru seul à n’avoir pas plié le genou devant Baal et il a probablement confondu les menaces à son encontre et la capacité de ses adversaires à lui prendre la vie. En un mot, le prophète a perdu le contact avec la réalité. C’est pourquoi, cher berger désespéré, votre état n’est pas propice au discernement et encore moins aux décisions. Vous vous posez mille questions sur les raisons de votre désespoir, ce qui est compréhensible, mais vous n’êtes pas en mesure d’y répondre sagement. Gardez donc vos questions, n’hésitez pas à les poser à Dieu, mais de grâce ne vous construisez pas de réponses au risque de vous perdre.

Remarquez d’ailleurs que l’Éternel écoute Élie avec patience et ne s’empresse pas de rectifier sa fausse certitude. Non, il répond à un besoin plus profond du prophète: une révélation renouvelée du Dieu qu’il sert. Il vaut la peine de nous attarder un instant sur cet événement. Contrairement à d’autres épisodes similaires dans l’histoire d’Israël, entre autres sur cette même montagne (Exode 19: 16s), le Seigneur n’est ni « dans l’ouragan », ni « dans le tremblement de terre », ni « dans le feu », mais « dans un bruissement doux et léger » (v. 12, BDS). Comment comprendre cette théophanie si particulière?

D’abord comme le signe d’une grande prévenance de Dieu envers son serviteur. Habitué à une vie rude et à un rôle difficile, celui de prophète du jugement, Élie a besoin, pour retrouver son équilibre, de connaître (ou de retrouver?) l’autre facette de Dieu, celle de sa patience et de sa bonté. Si les phénomènes violents et spectaculaires annoncent le jugement divin d’après les commentateurs, le « bruissement doux et léger » pourrait bien évoquer sa douceur et sa bonté à l’égard du prophète. Comme si l’Éternel avait soin de rassurer son serviteur ébranlé et prévenait toute interprétation négative des dispositions qu’il lui annoncera par la suite.

Ensuite comme l’annonce subtile d’une alliance nouvelle. Dans son Précis d’histoire biblique d’Israël, Brian Tidiman pense que la façon dont Dieu se révèle à Élie annonce « une alliance fondée non plus sur des manifestations extérieures destinées à toute une communauté, mais sur une révélation intérieure intime faite au cœur du croyant individuel », puis il ajoute:

Puisque le jugement de Dieu tombera sur une génération encore à venir et que la nouvelle alliance ne sera inaugurée que plusieurs siècles plus tard, on assiste à un tournant dans l’histoire du prophétisme: certains prophètes, les canoniques en particulier, commencent à mettre leurs oracles par écrit.

Si l’interprétation est exacte, il est remarquable que le Tout-Puissant ait choisi d’attendre que son serviteur soit en état de faiblesse pour esquisser subtilement les traits de l’alliance nouvelle. Et je crois entendre en arrière-plan cette parole célèbre du Seigneur à l’apôtre Paul: « C’est dans la faiblesse que ma puissance se manifeste pleinement » (2 Corinthiens 12: 9, BDS).

Enfin et surtout comme une démonstration de grâce divine. La parole du Seigneur à Paul, vous l’avez remarqué, est incomplètement citée. En réalité, elle est précédée par cette formidable affirmation: « Ma grâce te suffit ». Plusieurs éléments du texte de 1 Rois 19 me conduisent à penser que c’est bien de grâce qu’il est question ici. Premièrement parce que le Seigneur se révèle à Élie « dans un bruissement doux et léger » qui évoque sa bonté. Deuxièmement parce qu’il interroge le prophète une seconde fois et prend le temps d’écouter à nouveau sa plainte (v. 13-14).Troisièmement parce qu’il y répond avec finesse et avec tact (v. 15-18). Observez sa retenue: il ne conteste pas immédiatement son analyse erronée (« Je suis le seul qui reste » dit Élie), mais prend d’abord le temps de répondre à l’inquiétude profonde qu’elle révèle, la solitude du serviteur fidèle, en lui donnant un successeur en la personne d’Élisée. Et là encore, le Seigneur fait preuve de bonté en associant Élie à cette désignation et en le faisant intervenir après la reprise active de son ministère: « Va, reprends ton chemin […] tu donneras l’onction à Hazaël […] tu donneras l’onction à Jéhu […] tu donneras l’onction à Élisée » (v. 15-16). En d’autres termes, le Seigneur ne « lâche » pas Élie, ne lui reproche nullement sa défaillance mais se contente au passage de rétablir les faits pour l’encourager: non il n’est pas seul, il y a « sept mille hommes […] qui n’ont pas fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l’a point baisé » (v. 18).

Ce que le Seigneur ne dit pas explicitement, mais transparaît dans tout cet épisode, c’est qu’Élie ne compte pas à ses yeux seulement pour ce qu’il a fait dans le passé ou ce qu’il fera dans l’avenir. Il est certes un simple serviteur, mais il a pour Maître l’Éternel qui prend soin des siens dans toutes les circonstances. Un vif découragement, un épuisement profond et même le désir de la mort n’éloignent pas le Seigneur du prophète.

Il lui prodigue les soins primaires, l’accompagne patiemment, l’aide à verbaliser son mal-être, lui révèle sa bonté et le remet en route. À vues humaines, il aurait été bien plus simple de laisser Élie à sa dépression et de mettre en route un jeune plein d’énergie pour le remplacer, mais voilà, l’Éternel n’est pas un homme pour abandonner les siens. Et c’est mal connaître son amour inconditionnel de Père que de croire qu’il peut lâcher notre main à cause d’une baisse de performances!

Avez-vous conscience, cher berger désespéré, qu’à l’instar d’Élie, votre valeur ne dépend pas de ce que vous êtes capable ou serez capable de faire, mais de l’amour que Dieu vous porte en Jésus-Christ? Même réduit à l’impuissance, épuisé, découragé au point de vouloir mourir, vous restez l’enfant que Dieu aime parce qu’il vous a choisi au point d’offrir son Fils en sacrifice pour votre salut. Cela s’appelle la grâce, vous le savez, mais elle si étrangère à notre nature humaine pécheresse que nous l’oublions bien vite quand la tempête sévit. Je vous ai parlé du rendez-vous auquel le Seigneur vous convie et j’ai précisé que c’était au pied de sa croix. Eh bien c’est là, dans l’abandon le plus total, que vous pourrez goûter et voir combien le Seigneur est bon, combien sa grâce dépasse tout ce que vous pouvez imaginer.

Ne restez pas seul

L’histoire d’Élie est édifiante pour celui qui traverse la vallée de l’ombre de la mort! De plus, elle est entièrement pertinente pour vous aujourd’hui. En grande partie, à coup sûr, dans tout ce qu’elle révèle de l’amour de Dieu et du soin qu’il prend de ses serviteurs, mais guère dans les modalités de relation entre l’Éternel et le prophète et ce, pour deux raisons: un récit n’autorise pas à tirer des conclusions universelles et un changement d’alliance est intervenu depuis lors. Il me semble qu’aujourd’hui le croyant souffrant dispose d’une ressource divine incontournable: l’Église, le corps de celui qui a pourvu à notre salut. L’apôtre Jacques n’écrit-il pas:

Quelqu’un parmi vous est-il dans la souffrance? Qu’il prie. Quelqu’un est-il dans la joie? Qu’il chante des cantiques. Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que ceux-ci prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur.

Jacques 5: 13-14

Il est indispensable, cher collègue, que vous ne restiez pas seul avec votre épuisement et votre désespoir. C’est important pour vous afin que vous puissiez bénéficier d’un accompagnement pastoral et d’un soutien fraternel dans la durée. C’est tout aussi important pour votre épouse et vos enfants qui ont besoin de sentir qu’ils ne sont pas seuls à vous entourer. En effet, votre épreuve est aussi la leur en raison du sentiment d’impuissance qui les habite et les déstabilise. Ce mari aimant et ce père solide auxquels ils sont habitués s’est mué en une énigme, une sorte d’ombre de ce qu’il était.

Vous devez aussi envisager la dimension pathologique de votre état. N’hésitez pas à consulter un médecin (de préférence un psychiatre, mieux formé à traiter ces difficultés). C’est particulièrement nécessaire si l’épuisement s’installe durablement, si des problèmes de sommeil et d’alimentation apparaissent et surtout si les idées noires ne vous quittent pas, ou pire, s’accentuent. Des béquilles chimiques (anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs) sont souvent nécessaires pour rompre le cercle vicieux de la descente et permettre à l’accompagnement pastoral de se dérouler dans de meilleures conditions. Voici ce qu’écrit Sue Atkinson dans un livre que je vous recommande s’il s’avérait que vous vous trouviez confronté à une dépression:

Bien que je prenne des antidépresseurs, je ne me limite pas à ce traitement. Je m’en sers comme d’une béquille pour me rendre la vie tolérable pendant que j’essaye de démêler la confusion des pensées qui sont à l’origine de ma maladie.
Je veux savoir pourquoi c’est arrivé. Je veux savoir ce que je ressens vraiment. […] Si je peux comprendre ce qui m’a précipitée dans cet abîme, alors peut-être que je risquerai moins de replonger à l’avenir ou, si je fais une rechute, peut-être qu’elle sera moins grave.

Et n’oubliez pas de parler et, s’il le faut, de crier, au Seigneur, car après tout, un simple « Au secours! » même sous la forme d’un murmure, est aussi une prière que Dieu agrée.

Extrait du livre Courir avec persévérance, Les défis du ministère pastoral, Collectif, Juin 2020