Il arrive qu’un cadeau se révèle moins précieux qu’il en a l’air. À première vue, celui-ci semble onéreux et de très bonne qualité, mais ce n’est qu’une contrefaçon. Ou il a un défaut. Ou alors son propriétaire s’est débarrassé d’un cadeau qu’il avait lui-même reçu et qui ne lui plaisait pas. Ce qui, au premier abord, apparaissait comme un acte de grande générosité s’avère en fait bien trompeur.

C’est un peu ce qui se produit lorsque nous sortons les relations sexuelles du cadre pour lequel elles ont été conçues. Le sexe procure beaucoup de plaisir, ce qui explique pourquoi nous l’envisageons souvent comme tout autre plaisir de la vie: nous cherchons à en profiter au maximum, de la même manière que nous profitons, par exemple, d’une sortie au restaurant: Lequel de ces plats me tente le plus? De quoi ai-je envie, là, tout de suite? Il en va de même avec le sexe. Notre instinct nous pousse à rechercher ce qui nous apportera la plus grande satisfaction.

C’est un comportement bien naturel. Mais si nous n’y pensons que de cette façon, nous risquons d’oublier ce qui constitue le cœur même de l’union sexuelle: le don.

Nous avons déjà vu que la Bible approuve le sexe et nous commençons à en percevoir les raisons. Tim Keller résume bien l’objectif du rapport sexuel selon la Bible:

Dieu l’a choisi comme moyen, pour deux personnes, de se dire: « Je t’appartiens complètement, exclusivement et à vie ».

Une telle vision de l’acte sexuel a des implications à la fois radicales et merveilleuses. Si nous réduisons le sexe à une source de plaisir personnel, alors nous privons l’autre de ce qui devrait être un don de soi complet, exclusif et permanent. « Je lui fais don de relations sexuelles » dirons-nous. Mais si nous ne nous donnons pas entièrement, notre cadeau s’avère moins précieux qu’il en a l’air.

J’ai bien conscience que ce que j’affirme est énorme, et c’est pourquoi je vous invite à prendre un peu de recul pour tenter de comprendre comment la Bible en vient à cette conclusion.

L’enseignement de Jésus nous permet d’y voir déjà plus clair:

Des pharisiens vinrent le mettre à l’épreuve en lui demandant: Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour n’importe quel motif? Il répondit: N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès le commencement, les fit homme et femme et qu’il dit: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni!

Matthieu 19: 3-6, NBS

••S21 – Les pharisiens l’abordèrent et, pour lui tendre un piège, ils lui dirent: « Est-il permis à un homme de divorcer de sa femme pour n’importe quel motif? ». Il répondit: « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, a fait l’homme et la femme et qu’il a dit: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’un? Ainsi, ils ne sont plus deux mais ne font qu’un. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ».

Notez le lien qu’établit Jésus entre Genèse 1: 27 (qu’il cite au verset 4) et Genèse 2: 24 (cité juste après). Interrogé sur le divorce, Jésus répond en rappelant que le mariage est l’union de deux chairs en une seule. Si une telle union pouvait se former par n’importe quel type de relations sexuelles, quel que soit le genre, il n’aurait pas eu besoin d’ajouter quoi que ce soit. Or, Jésus va plus loin. Il remonte non seulement à Genèse 2, mais aussi au tout premier chapitre de la Genèse. Il affirme une nouvelle fois que Dieu a créé les êtres humains homme et femme.

Voilà comment la Bible explique l’union exclusive entre un homme et une femme. Dieu nous a créé différents par notre sexualité et cette différence joue un rôle fondamental dans notre identité à la ressemblance à Dieu. Notre sexualité n’est pas la seule chose qui nous distingue les uns des autres. D’autres différences existent qui représentent de grandes richesses. Mais d’après la parole de Dieu, aucune d’entre elles n’est aussi déterminante que notre identité sexuelle. Genèse 1 ne dit pas: « Dieu les fit introvertis et extravertis », « rationnels et intuitifs » ou encore « blancs et noirs ». Il nous a distingués avant tout par notre sexualité. Voilà pourquoi l’union entre un homme et une femme recèle un potentiel si spécifique et si enrichissant. Et voilà pourquoi elle seule permet à deux êtres humains de devenir une seule chair.

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Une telle affirmation soulève d’ailleurs beaucoup de questions pertinentes sur la sexualité et l’identité de genre, mais ces questions n’entrent pas dans le cadre de cet ouvrage. Retenons que c’est la façon dont l’homme et la femme interagissent qui permet de comprendre l’éthique sexuelle chrétienne.

Le sexe: un don de soi

Voici ce que Paul écrit à l’Église de Corinthe:

Que le mari rende à sa femme l’affection qu’il lui doit et que la femme agisse de même envers son mari. Ce n’est pas la femme qui est maîtresse de son corps, mais son mari. De même, ce n’est pas le mari qui est maître de son corps, mais sa femme.

1 Corinthiens 7: 3-4

Cette exhortation est plus que révolutionnaire pour l’Antiquité et nous y reviendrons au prochain chapitre. Pour l’instant, j’aimerais attirer votre attention sur la façon dont Paul invite les deux époux à se faire don de leur corps l’un à l’autre. Nous retrouvons cette notion de pleine appartenance mutuelle au sein du couple dans le Cantique des Cantiques, un livre de l’Ancien Testament qui célèbre l’amour d’un jeune homme et d’une jeune femme: « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi » s’exclame la jeune mariée (Cantique des Cantiques 6: 3). Le sexe a été conçu comme un moyen de se donner tout entier à l’autre, d’où l’enseignement de Paul pour le couple: le corps de chacun appartient à l’autre. C’est pour cela que Dieu a créé les relations sexuelles.

Pour Paul, au sein même de ce partage mutuel, c’est encore l’autre qui doit posséder la première place. Notre sexualité devrait être au service de notre conjoint. Paul ne dit pas que chaque membre d’un couple doit s’approprier son droit conjugal, mais bien que chacun a le devoir de donner à l’autre ce qui lui revient de droit. L’apôtre met l’accent sur le service et le plaisir de l’autre. Dans un autre livre biblique, alors qu’il s’adresse à un groupe de pasteurs, Paul leur rappelle « les paroles du Seigneur Jésus, puisqu’il a lui-même dit: “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.” » (Actes 20: 35).

Cette vérité s’applique tout autant dans le lit conjugal que dans le ministère pastoral. Maris et femmes doivent placer le plaisir sexuel de l’autre avant le leur. Le sexe n’est pas une marchandise à négocier, c’est un acte de dévouement.

Nous pourrions donc résumer ainsi la vision chrétienne de l’acte sexuel: chaque époux devrait plus chercher à procurer du plaisir à l’autre qu’à en retirer pour lui-même. Autrement dit, notre plus grand plaisir devrait être de voir notre conjoint prendre du plaisir.

Après s’être exprimé en termes positifs, Paul présente son enseignement sous l’angle négatif:

Ne vous privez pas l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps, afin de vous consacrer au jeûne et à la prière; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente à cause de votre manque de maîtrise.

1 Corinthiens 7: 5

Remplir son devoir conjugal est si important que Paul interdit aux époux de se priver l’un l’autre de relations sexuelles. Pour lui, une telle chose n’est envisageable que pour une période déterminée, d’un commun accord et dans le but de se consacrer à la prière. Tout autre forme d’abstinence placerait le couple en situation de danger spirituel. Nous voyons bien que d’après Paul, la seule personne qui désapprouve le sexe dans le cadre du mariage, c’est Satan!

Le sexe: un don total

Il est évident que d’après la Bible, cette union est plus que sexuelle. L’expression « une seule chair » montre que l’acte sexuel n’implique pas seulement deux corps, mais deux êtres dans leur totalité. Plus que nos corps, nos deux personnes dans leur individualité entre en relation l’une avec l’autre. Jésus lui-même évoque cela lorsqu’il cite Genèse 2:

Il répondit: N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès le commencement, les fit homme et femme et qu’il dit: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni!

Matthieu 19: 4-6, NBS

Jésus parle ici d’une union instaurée par Dieu. C’est en un sens Dieu lui-même qui unit les membres du couple. Le fait qu’ils ne doivent pas être séparés prouve que le lien subsiste dans une certaine mesure après la fin du rapport sexuel. Le couple n’est peut-être plus lié sur le plan physique, mais à un niveau plus profond, le lien demeure.

Ceci est d’une importance capitale. L’union sexuelle est à la fois le moyen et l’expression d’une forme d’union beaucoup plus grande, plus intense et qui n’a pas vocation à être rompue. L’acte sexuel est le moyen par lequel deux personnes s’unissent sur le plan physique, mais aussi sur les plans émotionnel et psychologique. Notre société affirme qu’il est possible de faire don de son corps indépendamment du reste de sa personne. Ce n’est pas ce que pensent les chrétiens.

L’apôtre Paul l’explique ainsi:

Fuyez l’immoralité sexuelle. Tout autre péché qu’un homme commet est extérieur à son corps, mais celui qui se livre à l’immoralité sexuelle pèche contre son propre corps.

1 Corinthiens 6: 18

Ce que nous dit Paul, c’est que notre comportement dans le domaine sexuel affecte tout le corps, ce qui n’est pas forcément le cas dans les autres domaines. Que nous en soyons conscients ou non, que nous le voulions ou non, le sexe implique bien plus que nos organes génitaux. L’acte sexuel engage notre personne tout entière.

Aussi magnifique cette vérité soit-elle, il semble qu’elle se manifeste surtout à travers ses conséquences négatives. Les blessures sexuelles n’affectent pas seulement notre corps. Nous savons tous que celui à qui l’on a fait du mal sur le plan sexuel souffre dans tout son être. Les dégâts sont physiques, mais aussi émotionnels et psychologiques. Ces blessures peuvent se manifester de mille et une façons et il arrive qu’elles ne guérissent jamais. L’acte sexuel est plus que biologique. Celui qui maltraite ou trahit quelqu’un sur le plan sexuel ne s’attaque pas seulement à son corps: il porte atteinte à toute sa personne.

C’est le revers de la médaille. La raison d’être du sexe va bien plus loin que la simple satisfaction physique. L’acte sexuel a une signification. Et puisqu’il implique notre être tout entier, alors il est clair que les deux membres du couple doivent engager la totalité de leur personne dans cette relation. La culture du coup d’un soir prétend le contraire: il serait possible d’exprimer et de satisfaire notre sexualité sans y impliquer le reste de ce que nous sommes. Cette mode proclame que l’autre n’est digne que d’une infime partie de nous-même.

La promesse de notre corps

Dans le film Vanilla Sky (2001), le personnage principal interprété par Tom Cruise a une aventure d’un soir avec une femme jouée par Cameron Diaz. Plus loin dans le film, celle-ci le lui reproche et dit: « Quand tu couches avec une personne […] ton corps promet quelque chose, que tu le veuilles ou non ». En d’autres termes, cette interaction physique devrait être la manifestation d’un rapport relationnel beaucoup plus fort et plus important. S’engager dans l’aspect physique d’une relation intime, sans tenir compte de l’union particulière qu’elle entraîne, c’est une forme de tromperie.

C.S. Lewis, écrivain et penseur chrétien, auteur des Chroniques de Narnia, est aussi connu pour ses essais. Dans le plus célèbre d’entre eux, Les Fondements du christianisme, il affirme que l’acte sexuel sorti du cadre de cette union particulière est une tentative d’« isoler un type d’union (l’aspect sexuel) des autres types prévus pour l’accompagner et constituer la véritable union totale ». Tim Keller ajoute ceci:

Chaque acte sexuel est censé être un acte d’union. Paul soutient que donner son corps à quelqu’un sans lui offrir sa vie entière est tout à fait malséant.

Il poursuit:

Si l’acte sexuel est un moyen inventé par Dieu pour « confier sa vie entière » et faire un don de soi, nous ne devrions pas être surpris qu’il nous donne le sentiment d’être profondément liés à l’autre, même quand il est utilisé à mauvais escient. S’il n’est pas freiné volontairement ou si l’impulsion originale n’est pas émoussée par l’habitude, l’acte sexuel donne le sentiment d’être personnellement entrelacé, lié à un autre être humain, comme si vous lui étiez littéralement jumelé.

Si cela est vrai, si l’acte sexuel implique par nature le don, le fait de se donner tout entier à un autre, alors coucher avec une personne sans l’intention de nous donner entièrement à elle revient non plus à faire don, mais à s’emparer de quelque chose. Autrement dit, c’est du vol.

Une action, deux scénarios

Voici deux illustrations intéressantes (bien qu’imparfaites).

Imaginez-vous en train de marcher dans la rue quand, en passant devant une banque, vous apercevez l’un des guichetiers tendre une grosse liasse de billets à un homme devant le comptoir. Il y a deux explications possibles: soit l’homme est un client venu retirer beaucoup d’argent, ce qui est tout à fait son droit, soit il est en train de braquer la banque, une arme pointée sur le guichetier, le forçant à lui donner l’argent. Dans les deux cas, l’action observée est la même (le guichetier donne de l’argent à l’homme), mais le contexte et le scénario sont complètement différents. C’est le scénario qui détermine la valeur morale de l’action.

Prenons un autre exemple: imaginez que l’on vous offre un cadeau pour une raison purement égoïste. Il y a quelque temps, l’un de mes amis m’a avoué avoir offert à sa femme un équipement de cuisine particulier parce qu’il voulait qu’elle cuisine un genre de plat spécifique. Par ce qui ressemble à de la générosité (après tout, il lui a offert cadeau), mon ami n’a en réalité fait que servir ses propres intérêts.

Ces deux exemples illustrent en quelque sorte la différence entre les relations sexuelles dans le cadre du mariage et hors mariage. L’action semble être la même dans les deux cas, mais le scénario qui la contextualise détermine si l’acte sexuel est bon ou s’il ne l’est pas. Je peux tenter de légitimer l’acte sexuel hors mariage en l’assimilant à un cadeau (« Je te fais don de mon amour »), mais si je refuse d’offrir toute ma personne et ce, de manière définitive, je ne fais que servir mes propres intérêts.

La Bible enseigne à maintes reprises que l’intimité sexuelle n’est appropriée qu’au sein du mariage. Le mariage est une alliance, scellée par la promesse de nous donner pleinement et exclusivement à l’autre. Par lui, nous faisons vœu de fidélité pour le restant de notre vie. Le sexe est à la fois le gage et l’accomplissement de cette promesse.

La Bible le montre dans de nombreux passages. D’après Jésus lui-même, l’immoralité sexuelle prouve que notre cœur n’est pas ce qu’il devrait être:

En effet, c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, l’immoralité sexuelle, les vols, les faux témoignages, les calomnies. Voilà ce qui rend l’homme impur.

Matthieu 15: 19-20

L’expression « immoralité sexuelle » traduit le mot grec porneia, un terme générique qui renvoyait à tout acte sexuel hors mariage. Cela comprend le sexe avant le mariage, l’adultère (que Jésus mentionne aussi), la prostitution et même les comportements homosexuels.

Il serait tentant de croire qu’il n’y pas grande différence entre les relations sexuelles avant et après le mariage: ce ne serait, après tout, qu’une question de timing. Avant ou après avoir prononcé nos vœux, quelle importance? Pourtant, il y a bien une différence. Le sexe dans le cadre du mariage est l’expression et la confirmation de ces vœux. Il établit les fondements d’un don de soi tout au long de la vie. Le sexe avant le mariage ne donne rien, il prend.

La Bible enseigne que la sexualité est précieuse, plus précieuse que nous ne le croyons. Non parce qu’elle nous permet d’obtenir du plaisir. Bien sûr, le plaisir est l’une de ses fonctions (il n’y a qu’à lire le Cantique des Cantiques pour s’en rendre compte). Mais ce n’est pas la seule. Le but de l’acte sexuel ne réside pas dans ce que nous pouvons en retirer, mais dans ce que nous pouvons donner. Je vous propose de terminer là où nous avons commencé, avec les mots de Tim Keller:

Dieu […] a choisi [le sexe] comme moyen, pour deux personnes, de se dire « Je t’appartiens complètement, exclusivement et à vie ». Notre rapport sexuel ne devrait exprimer rien de moins que cela.

Dieu se soucie de savoir qui est dans notre lit parce qu’il a créé l’acte sexuel avec un objectif précis. Les rapports sexuels détiennent une force redoutable. C’est ainsi qu’ils ont été conçus. Bien entendu, cela soulève toujours plus de questions: comment ces affirmations peuvent-elles être vraies si elles vont à contre-courant? Tout cela joue-t-il en notre faveur?

C’est ce à quoi nous allons tenter de répondre dans le chapitre suivant.

 

Extrait du livre Pourquoi Dieu se mêlerait-il de ma vie sexuelle?, de Sam Allberry, paru en septembre 2021