Voici le Notre Père, la prière que Jésus a enseignée:

Père!
Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne!
Donne-nous chaque jour notre pain quotidien; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi, nous pardonnons à quiconque nous offense; et ne nous laisse pas entrer en tentation.
MATTHIEU 6: 9-13

Quand j’ai relu ce texte pour préparer ce livre, j’ai remarqué que j’avais gribouillé un jour, un petit commentaire dans la marge de ma Bible. Trois petites idées: « Dieu » avant « nous », « aujourd’hui » avant « hier » et « hier » avant « demain ».

1. « Dieu » avant « nous »

Nous prions d’abord pour Dieu et pour sa gloire, pour l’avancement de son nom et de son règne avant de prier pour nous-mêmes. Nous prions que Dieu soit reconnu dans le monde. Dans notre prière, nous commençons toujours avec l’adoration et la louange. Dans notre prière pour l’Église persécutée, notre désir est d’abord que Dieu soit honoré dans le monde et que son nom soit publié et reconnu dans la vie de son Église au sein de l’oppression. Que son règne atteigne les populations du monde qui le rejettent systématiquement.

En commençant notre prière avec Dieu lui-même, nous fortifions notre foi. Quelqu’un a dit: « La foi est à l’âme ce que la vue est au corps ». Nos yeux nous permettent de voir le monde matériel autour de nous. La foi nous permet de voir et comprendre le monde spirituel autour de nous. Elle est la porte qui nous ouvre l’accès aux promesses de Dieu. C’est par la foi que nous entrons dans le combat de l’intercession, comme les « héros de la foi » d’antan qui « par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions […] furent vaillants à la guerre et mirent en fuite des armées étrangères » (Hébreux 11: 33-34).

En devenant intercesseur, vous pratiquez la foi. Vous êtes quelqu’un qui se sert de ses yeux spirituels, qui agit selon ce qu’il a vu de Dieu, selon ce qu’il est vraiment. Notre intercession est d’abord dirigée vers la cause de Dieu, son règne et son nom.

2. « Aujourd’hui » avant « hier »

Prier pour nos besoins d’aujourd’hui, et ceux des chrétiens persécutés, précède la demande de pardon pour les péchés d’hier! Nous n’entrons pas dans une espèce de négociation avec Dieu – si je demande pardon pour mes fautes, alors je peux demander de l’aide parce que je suis pardonné. Notre foi est basée sur la grâce et l’amour du Père, inconditionnel. Je peux présenter mes requêtes à Dieu en toute confiance, même si je sais combien je suis pécheur. Alors seulement, je peux demander pardon pour mes péchés. Demander pardon est important bien sûr, mais Dieu est honoré lorsque nous lui présentons d’abord nos requêtes – surtout celles en faveur d’autres personnes.

C’est pour cela que nous pouvons avoir confiance dans notre intercession. Dieu ne recherche pas des personnes parfaites, il cherche d’abord des gens qui croient sa parole.

3. « Hier » avant « demain »

Je dois prier pour ne pas entrer dans l’épreuve demain (voir chapitre précédent), mais je ne peux pas prier pour moi-même avant de « remettre les dettes » ou « pardonner à ceux qui nous ont offensés » hier. Dieu me rappelle que je suis aussi pécheur, que je dois avoir envers l’autre l’attitude que j’aimerais que Dieu ait envers moi en éloignant de moi les épreuves. C’est l’attitude de la grâce. Il me rappelle que le propre de l’intercesseur, c’est sa marche avec Dieu et l’imitation du Seigneur dans ses attitudes et ses gestes.

PRIER AVEC AUTORITÉ

Parce que nous nous servons des yeux de la foi, nous prions avec autorité. Nous devons apprendre à prier « pour », mais nous devons aussi prier « contre ». C’est ce qu’on appelle la prière « offensive ». Dans son célèbre passage sur les armes de Dieu en Éphésiens 6: 12, Paul rappelle que « nous devons lutter contre les pouvoirs, les autorités, les maîtres de ce monde obscur, contre toutes les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les cieux » (BFC).

Comme Abraham, nous avons entrepris une longue marche de prière avec Dieu, pendant laquelle nous intercédons pour son Église qui subit la persécution. Nous n’allons pas nous contenter de prier pour notre famille en Christ qui se trouve dans la vallée – les victimes. Nous voulons également prier contre les puissances spirituelles qui oppressent les enfants de Dieu. C’est une approche que nous oublions vite dans notre monde occidental matérialiste. Mais c’était au cœur de la campagne « 7 ans de prière pour l’Union soviétique »: la prière dirigée vers le siège du communisme qui dominait une grande partie du monde.

En Afrique, les chrétiens savent ce qu’est le combat spirituel. Il y a quelques années, j’étais invité à intervenir en Afrique lors d’une grande conférence qui réunissait beaucoup de pasteurs. Avant mon intervention, l’un des responsables de l’Église était invité à faire un résumé de l’état spirituel de son pays. Je m’attendais à entendre un exposé sur le nombre de chrétiens et le pourcentage de la population musulmane et animiste; ou une analyse sur les Églises: la formation des pasteurs, l’état des bâtiments, l’existence des différents ministères, les finances etc.

La présentation a été tout autre. Oui, l’orateur nous a parlé de chaque région, de chaque ville de son pays, mais son analyse était uniquement centrée sur le monde spirituel: les puissances mauvaises dans chaque région, les pouvoirs des ténèbres à l’œuvre partout. C’était un résumé de la situation géographique de son pays, mais au niveau du monde spirituel, des puissances mauvaises que l’Église devait affronter.

Depuis des années, Portes Ouvertes organise des voyages d’intercession. Il arrive que dans certains pays où l’Église est persécutée, la situation soit trop tendue pour rendre possible une rencontre avec les chrétiens. Nous organisons alors une tournée d’intercession où, dans chaque « forteresse » de l’ennemi, nous prions et nous proclamons la victoire de Jésus. Nous menons le combat au sein d’un territoire contrôlé par le Malin.

Notre arme, c’est la victoire de Jésus sur la croix. C’est cette victoire que nous voulons proclamer dans la prière pour les chrétiens persécutés.

UN MONDE TRANSFORMÉ

Parce que vous vous êtes engagé dans cette œuvre de prière, le monde n’est plus le même. Vous y avez laissé votre marque. Vous avez contribué au plan de Dieu. Le cours de l’histoire a changé.

Le message diffusé par un monde confiné à cause du coronavirus, est que les seules choses importantes sont notre protection personnelle, notre maintien en bonne santé et notre aisance financière pour nous rendre heureux. C’est un message utopique et sans saveur qui nous cloisonne dans une existence, certes sans souffrance ni incertitudes, mais aussi sans but ni valeur! Une existence où la seule vertu est l’exaltation de soi. Une vie égocentrique.

Cet état d’esprit est en tel désaccord avec la solidarité vis-à-vis de l’Église persécutée! En effet, nous savons que cette vie n’est pas un but en soi. Notre vie passe comme une vapeur, et une autre vie nous attend. Une valeur suprême existe qui est celle de la gloire de Dieu.

Par notre intercession, nous agissons pour cette réalité éternelle. Nous nous transportons de l’autre côté du monde pour entrer dans le combat.

Vous êtes devenu un héros de la foi!

ENCOURAGEMENT

Il y a quelques années, la République centrafricaine a été dévastée par une invasion de groupes armés musulmans, appelés la Séléka. Partout dans le pays, des communautés chrétiennes ont été anéanties. Des hommes ont été massacrés et des femmes violées. La violence provenait en premier lieu des musulmans envahisseurs, mais elle a été accentuée plus tard par des actions de représailles venant de groupes « anti-Balaka ». En me déplaçant dans le pays, j’ai pu constater partout des dégâts.

Un jour, des équipiers visitent la ville de Bozoum. Ils logent à la mission luthérienne où ils rencontrent le pasteur et l’un des anciens de l’Église. Lors de leur séjour, ils entendent un témoignage d’un optimisme surprenant.

Les dirigeants chrétiens leur racontent que peu de mal est arrivé dans leur ville. À peine vingt maisons ont brûlé, et seule une poignée de personnes a été tuée lors de la campagne des rebelles. Il n’y a pas eu non plus de violence entre anti-Balaka et Séléka.

En comparaison avec d’autres villes, il y a eu étonnamment très peu de dégâts. Dans la ville voisine de Bouar, les choses se sont déroulées très différemment. À Bouar, les musulmans locaux se sont réjouis de la prise de contrôle de la Séléka. Ils ont déclaré qu’ils étaient prêts eux-mêmes à agir contre les chrétiens. Ils disaient « Mbaran chrétiens fou », dont la traduction approximative signifie: « Si vous, les chrétiens, vous vous amusez avec nous, alors nous vous tuerons! ».

Versets bibliques sur des rochers

Les chrétiens de Bozoum attribuent leur situation privilégiée à la réponse de Dieu à leurs prières ferventes. Un mouvement intense d’intercession avait eu lieu dans la ville. Les croyants avaient prié et jeûné depuis le début de la rébellion de la Séléka, en décembre 2012. Puis ils ont continué à se réunir chaque semaine, à chaque fois dans une église différente afin de proclamer le nom de Jésus. Les chrétiens de Bozoum ont également prié pour leurs voisins musulmans qui en étaient venus à les considérer comme leurs ennemis.

L’équipe a pu constater les résultats de leur foi en Dieu. Des versets de la Bible ont été peints sur des rochers tout autour de la ville.

Pour le commandant de la Séléka, Suleyman, c’était un mystère total. Il ne comprenait pas pourquoi les dégâts dans la ville se sont limités à 1 % seulement de ce qui était prévu. D’une manière ou d’une autre, leurs plans étaient toujours en suspens. Depuis, Suleyman est mort dans une attaque près de la frontière camerounaise. Son décès a mis fin au règne de la Séléka à Bouar. Si l’héritage de Suleyman a disparu avec lui, le témoignage de la réponse gracieuse de Dieu aux ferventes prières des chrétiens de Bozoum demeure sur les rochers autour de la ville!

 

 

 

 

Extrait du livre Priez pour nous, de Michel Varton, paru en novembre 2020