Pourquoi cherchons-nous des spectacles? Parce que nous sommes humains, donc programmés avec un appétit insatiable de voir la gloire. Nos cœurs recherchent la splendeur tandis que nous fouillons du regard la grandeur. Nous n’y pouvons rien. « Le monde aspire cruellement à être émerveillé. Cette aspiration intense a été créée pour Dieu. Le monde la cherche principalement à travers les films » et les divertissements, la politique, les vrais crimes, les potins sur les célébrités, la guerre et les sports en direct. Nous nous laissons malheureusement tous très facilement duper en perdant notre temps avec ce qui n’ajoute aucune valeur à nos vies. Aldous Huxley appelait cela « l’appétit presque infini de l’homme pour la distraction ».

Pour le meilleur ou pour le pire, nos yeux sont insatiables. Et cet appétit visuel soulève des questions intéressantes sur ce qu’est l’attention et de quelle manière nous devrions l’utiliser.

Dans le premier volume de son ouvrage phare The Principle of Psychology, William James explique la merveille et le mystère de ce que signifie être un être « attentif ». Il affirme que l’attention humaine nécessite un « retrait de certaines choses afin de traiter efficacement les autres, et est une condition réellement opposée à l’état confus, hébété et étourdi qui, en français, est appelé distraction » (N.D.T. En français dans le texte d’origine).

L’attention est l’aptitude à se retirer de tout pour se concentrer sur certaines choses. C’est le contraire du vertige qu’éprouve le chercheur de spectacle écervelé qui ne parvient à s’atteler à rien. Ainsi, l’attention détermine la façon dont nous percevons le monde autour de nous. « Des millions d’éléments du monde extérieur sont présents à mes sens, sans jamais entrer correctement dans mon expérience. Pourquoi? » demande William James.

« Parce qu’ils ne sont d’aucun intérêt pour moi. Mon expérience est ce dont j’accepte de m’occuper. Seuls les éléments que je remarque façonnent mon esprit – sans un intérêt sélectif, l’expérience devient un chaos total. » William James soutient que, parmi les nombreuses choses possibles sur lesquelles vous pourriez fixer votre esprit en ce moment même, vous avez choisi de vous concentrer sur une seule: cette phrase. C’est donc principalement ce livre qui est en train de façonner votre vie en ce moment, et non la centaine d’autres choses autour de vous, que vous devez pour l’instant ignorer. C’est cela l’attention. Cela implique que nous devons apprendre l’art de recentrer un esprit errant, parce que « la faculté de ramener volontairement une attention errante, encore et encore, est la racine même du jugement, du caractère et de la volonté ».

Autrement dit, nous ne sommes pas simplement des créatures de notre environnement. Nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective. Des jumeaux identiques élevés dans le même environnement seront façonnés différemment selon les choses sur lesquelles ils se focaliseront. Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse; nous devenons semblables à ce que nous regardons.

Extrait du livre La guerre des spectacles, de Tony Reinke, paru en novembre 2020