Sur le chemin du retour de la réunion du comité des missions de l’Église, Beth s’arrête au service au volant pour un espresso. Elle espère qu’une forte dose de caféine atténuera le mal de tête pulsatile qu’elle ressent dans ses tempes. Pendant qu’elle patiente, elle ne cesse de repasser la réunion dans sa tête. Tous les membres du comité semblent aimer Jésus et se soucier de la mission. Alors pourquoi leurs réunions sont-elles si frustrantes? Voilà une soirée de plus passée dans les malentendus et les contrariétés, sans que rien ne soit accompli au bout du compte. Malgré leur intérêt évident pour la « mission », Beth commence à se demander s’ils en ont vraiment tous la même définition.
Dave a commencé la réunion en reprochant au comité d’être « myope » en matière d’évangélisation. « Que fait-on des pauvres, des affamés, des opprimés? a-t-il demandé, n’est-ce pas la mission de l’Église de s’occuper également de tous leurs besoins physiques? »
Alors, Olivia a de nouveau suggéré qu’il serait préférable (et moins cher) de payer les pasteurs locaux plutôt que d’envoyer des missionnaires occidentaux.
Puis, Harold a fait un commentaire. Il venait de lire une étude décrivant une nouvelle méthode utilisée par une organisation missionnaire qui augmentait de « 87 % le nombre de décisions pour Christ parmi les musulmans », au lieu de prêcher simplement l’Évangile à partir de la Bible. Une étude statistique est-elle vraiment le meilleur moyen de décider des méthodes à employer? Et à quoi faisaient référence ces décisions de la part des musulmans exactement?
Patricia a fait pression sur le comité pour qu’il cesse de soutenir les missionnaires à plein temps et qu’il se concentre plutôt sur l’envoi de personnes à l’étranger, qui feraient cela en parallèle à leur emploi. « Dans notre économie moderne et globale, l’ancien modèle des Églises qui envoient des ouvriers soutenus à long terme est tout simplement dépassé, a-t-elle affirmé, mener la mission comme en affaires est la seule solution. »
Beth reconnaît que c’est peut-être une bonne chose à encourager. Toutefois, elle est plutôt convaincue que le commandement de l’apôtre Jean de soutenir les missionnaires envoyés par l’Église « afin d’être ouvriers avec eux pour la vérité » est toujours d’actualité (3 Jn 1.8). Mais lorsque Beth a lu ce passage à haute voix, Patricia a simplement levé les yeux au ciel et l’a encouragée à cesser de regarder en arrière et à accueillir à bras ouverts la nouvelle vague missionnaire.
Et bien sûr, Clarence a conclu la réunion en les encourageant (à nouveau) à se concentrer davantage sur les voyages à court terme plutôt que de financer plus d’ouvriers à long terme. « Les voyages à court terme peuvent changer la vie de nos membres », leur a-t-il rappelé juste avant de se lancer dans le fameux récit de son voyage au Guatemala pour repeindre un centre communautaire, et de finir par répéter combien cela avait transformé sa foi. Or, Beth se demande si ce genre de voyages est vraiment la meilleure façon d’utiliser leurs fonds pour la mission et le temps des missionnaires.
Le claquement de la vitre du service au volant fait sursauter Beth et l’extirpe de ses réflexions. Alors qu’elle s’éloigne en sirotant son double espresso, elle a de plus en plus le sentiment qu’il doit y avoir une meilleure voie. Dieu a sûrement donné plus de directives sur ce qu’est la mission et sur la manière de l’accomplir. Elle n’a cependant aucune idée de l’endroit où trouver ces directives, ni par où commencer.
Malheureusement, je ne pense pas que Beth soit la seule dans cette situation.
Aujourd’hui, dans beaucoup de nos Églises, des personnes bien intentionnées semblent avoir du mal avec le concept de la mission. Ils veulent voir Christ glorifié et honoré. Ils se soucient des besoins des gens. Mais dans la pratique, leur aspiration pour participer à la mission se transforme souvent en une recherche frénétique de nouvelles idées, une compétition pour obtenir les ressources de l’Église et des désaccords au sujet de la méthode à adopter.
La bonne nouvelle de ce petit livre est qu’il ne doit pas forcément en être ainsi.
Imaginez une Église locale dont la mission envers les nations est claire et établie d’un commun accord. Les anciens guident l’Église dans des missions stratégiques. Tous les chrétiens se soucient de la mission, et pas seulement le nombre restreint du « club des missionnaires ». La tyrannie des nouvelles tendances et des exigences de résultats immédiats et visibles n’a aucun pouvoir. Les membres considèrent la mission comme le travail de l’Église dans son ensemble et non comme une activité personnelle, privée et individuelle. Dans cette communauté, les membres voient la mission comme un ministère central de l’Église, et non comme un projet occasionnel à court terme. Les relations avec les missionnaires sont profondes, sérieuses et durables. Les dons faits avec joie pour la mission constituent une part fondamentale du budget de l’Église, et pas seulement le fruit d’appels aux dons occasionnels et désespérés. Enfin, les membres accordent suffisamment de valeur à la mission pour que certains veuillent déraciner leur vie et être envoyés à long terme par l’Église.
Ce n’est pas une idée irréalisable ni un projet particulièrement compliqué à mettre en place. J’ai vu cette vision devenir une réalité dans de nombreuses Églises, grandes et petites. Ce n’est pas si difficile. Il suffit principalement de trouver son plan et ses méthodes pour la mission dans la Bible.
Telle est la prémisse principale de ce livre: la Parole de Dieu nous donne tout ce que nous devons savoir pour lui obéir et lui rendre gloire. Cela inclut tout ce dont nous avons besoin pour obéir au Grand Mandat de faire de toutes les nations des disciples (Mt 28.18-20). Cela ne veut pas dire que sa Parole aborde explicitement toutes les questions que nous pourrions avoir en tête. Cela ne veut pas non plus dire que chaque suggestion dans ce livre découle directement d’un commandement ou d’un exemple biblique. Cela signifie néanmoins que la Bible est pleinement suffisante pour nous donner le plan et les principes qui façonnent nos méthodes et décisions. Nous y trouvons une multitude de principes et d’impératifs qui modèleront nos efforts et, ce faisant, nous libéreront de la tyrannie oppressive qui découle du fait de ne compter que sur nos propres ressources pragmatiques et sur des notions humaines.
Une des choses que nous voyons clairement dans les Écritures est que le souci pour la mission concerne tous les chrétiens, parce que c’est un souci qui concerne chaque Église locale dans son ensemble. Donc, que vous soyez un membre d’Église intéressé, un responsable de la mission ou un pasteur d’Église locale, ce livre contient quelque chose pour vous.
Mais avant de s’entretenir sur le travail de la mission comme tel, nous allons d’abord définir quelques principes bibliques fondamentaux. Ensuite, nous pourrons réfléchir à
la manière de les appliquer avec sagesse à nos propres activités missionnaires. Commençons donc par ce qui devrait être la source de tout effort chrétien empreint de sagesse: la Bible.