UN NOUVEAU JEÛNE POUR UN VIN NOUVEAU

Que penser de tout cela? Devons-nous jeûner en tant que chrétiens? Le jeûne est-il une pratique chrétienne? Je crois que le vin nouveau de Christ n’exclut pas du tout le jeûne, mais il réclame un jeûne nouveau. Il y a plusieurs années de cela, j’ai écrit en marge de Matthieu 9: 17, dans mon nouveau testament grec: « le nouveau jeûne est basé sur ce mystère: non seulement le marié viendra un jour, mais il est déjà venu. Le vin nouveau de sa présence réclame un jeûne nouveau ».

Avant, lorsque les Juifs jeûnaient pour exprimer un désir, une aspiration ou une souffrance, ils ne s’appuyaient pas sur la réalité glorieuse d’un Messie qui était déjà venu. Sur quoi donc s’appuyaient-ils lorsqu’à travers le jeûne, ils pleuraient sur leur péché, recherchaient ardemment la délivrance du Seigneur ou exprimaient leur soif de Dieu? Ils ne s’appuyaient pas sur l’œuvre immense et achevée du Rédempteur, ni sur la grande révélation de sa vérité et de sa grâce dans l’histoire! Ces choses étaient encore à venir. Mais le marié est venu. Et sa venue a porté le coup décisif au péché, à Satan et à la mort.

Ce qui distingue le christianisme du judaïsme est que le royaume de Dieu tant espéré est à la fois présent et à venir. Le Roi est venu: « Le royaume de Dieu est venu jusqu’à vous » (Luc 11: 20); « Le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17: 21). Il est vrai que le royaume de Dieu ne connaît pas encore son plein accomplissement. Il doit encore venir lors d’une manifestation glorieuse de plénitude et de puissance.

Lors du dernier repas, Jésus a annoncé: « Désormais, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu » (Luc 22: 18). Le royaume de Dieu est encore à venir. C’est une réalité future, même si Jésus a dit: « le royaume de Dieu est venu jusqu’à vous » et « le royaume de Dieu est au milieu de vous »19.

Voilà le « cœur du message » que je mentionnais au chapitre un. Pour qu’un jeûne soit chrétien, il doit être relié à ce cœur: le triomphe définitif du Fils de Dieu, le Messie qui est entré dans l’histoire, a donné sa vie, est ressuscité des morts, et règne sur l’histoire, pour le salut de son peuple et la gloire de son Père.

Les chrétiens forment un peuple habité d’un immense espoir: un jour, ils verront et seront captivés par la plénitude de la gloire de Dieu en Christ. Mais voici ce qui caractérise les chrétiens dans tout cela: notre espoir s’appuie entièrement sur le triomphe passé de ce même Dieu. Un triomphe qui est intervenu dans l’histoire. Dieu a triomphé sur le péché, la mort et l’enfer, par la mort et la résurrection de Jésus20.

Le christianisme est une espérance vivante. L’espérance que l’histoire parviendra un jour à son plein accomplissement, lorsque la gloire de Dieu se manifestera universellement en Christ. C’est un espoir inébranlable, enraciné dans l’incarnation passée de Christ qui s’est offert lui-même une fois pour toutes comme sacrifice pour le péché, et s’est assis à la droite de Dieu (Hébreux 10: 12). C’est cela, le vin nouveau.

Cet acte de salut, extraordinaire, définitif et central pour nous aujourd’hui, appartient au passé, non pas à l’avenir. Et à cause de cette œuvre passée du marié, rien ne sera jamais plus pareil. L’Agneau est immolé. Le sang est répandu. Le châtiment pour nos péchés est tombé. La mort est vaincue. L’Esprit est envoyé. Le vin est nouveau. Et l’état d’esprit qui caractérisait l’ancien jeûne est tout simplement caduc.

LE NOUVEAU JEÛNE

Qu’y a-t-il donc de nouveau dans le jeûne chrétien? Ce qui est nouveau, c’est qu’il repose sur toute l’œuvre accomplie par le marié. Il est fondé sur cette réalité, il y croit, et il s’en réjouit. Nous jeûnons parce que nous nous languissons et ressentons en nous un désir et une aspiration vers Christ et sa puissance. Mais ces choses ne sont pas l’expression d’un vide. L’expression d’un besoin, certes. D’une douleur, oui. D’une faim de Dieu, tout à fait. Mais pas celle d’un vide.

Les prémices de ce à quoi nous aspirons sont déjà venues. L’acompte de ce que nous désirons obtenir a déjà été versé. La plénitude de ce à quoi nous aspirons et pour laquelle nous jeûnons, est apparue dans l’histoire, et nous avons contemplé sa gloire. Il ne s’agit pas uniquement d’une chose future. Nous ne jeûnons pas en réponse à un vide. Christ est déjà en nous l’espérance de la gloire (Colossiens 1: 27). Nous avons été « marqués de l’empreinte du Saint-Esprit qui avait été promis. Il est [aujourd’hui!] le gage de notre héritage » (Éphésiens 1: 13-14 ; cf. 2 Corinthiens 1: 22; 5: 5).

Nous avons goûté à la puissance de l’âge à venir. Notre jeûne ne signifie pas que nous avons faim de quelque chose que nous ne connaissons pas encore. Il signifie que le vin nouveau de la présence de Christ est tellement réel et satisfaisant! Nous désirons obtenir tout ce qui nous est possible de recevoir.

Notre jeûne a ceci de nouveau: il n’est pas intense parce que nous n’avons jamais goûté le vin de la présence de Christ, mais plutôt parce que nous y avons si  merveilleusement goûté, par son Esprit, et que nous ne pouvons désormais plus être satisfaits tant que notre joie n’est pas complète. Le nouveau jeûne, le jeûne chrétien, est une faim de toute la plénitude de Dieu (Éphésiens 3: 19), éveillée par l’arôme de l’amour de Jésus, et l’aperçu de la bonté de Dieu dans l’Évangile deChrist (1 Pierre 2: 2-3).

LE FESTIN DU JEÛNE

Le nouveau jeûne est, pour ainsi dire, le jeûne de la foi. La foi s’appuie sur l’œuvre achevée de Christ, et sur cette fondation elle devient « l’assurance des choses qu’on espère » (Hébreux 11: 1). Avoir la foi, c’est se délecter de Christ comme on se régale lors d’un festin. C’est trouver une telle satisfaction spirituelle en lui que le pouvoir de tout autre désir est brisé21. Ce festin débute quand nous recevons la mort et la résurrection de Christ (c’est la grâce passée) et continue lorsque nous nous approprions pleinement tout ce que Dieu, en Christ, promet d’être pour nous.

Tant que nous sommes limités et déchus, la foi chrétienne signifiera à la fois une joie intense dans l’incarnation (passée) et un désir profond pour la plénitude (à venir). Elle signifiera à la fois contentement et insatisfaction. Et l’insatisfaction grandira au fur et à mesure que grandira le contentement que nous connaissons déjà en Christ.

LE JEÛNE A BIEN SA PLACE DANS LE ROYAUME DE DIEU

Cette façon de comprendre le jeûne chrétien répond à toutes les questions soulevées plus tôt par les propos de Keith Main: « La joie et la reconnaissance, qui marquent la vie de prière du Nouveau Testament, sont un signe de l’arrivée fracassante du royaume de Dieu. Le jeûne n’est désormais plus en harmonie avec l’attitude de joie et de reconnaissance qui caractérise la communion22». Nous voyons, maintenant, que sa thèse est exagérée.

Oui, le royaume de Dieu est venu. Oui, nous pouvons déjà goûter à la gloire qui est celle de la fin des temps, cette gloire manifestée en Christ. Et oui, nous pouvons en faire l’expérience par son Esprit. Mais non, ce n’est pas une expérience complète et ininterrompue. Nous continuons à souffrir, à désirer et à aspirer à plus.

Main lui-même fait marche arrière et admet cette réalité:

Il est vrai que crises et tragédies assombrissent encore notre réalité. Le royaume n’a pas atteint sa pleine réalisation. Certes, le marié est présent et ce n’est pas le bon moment pour être en deuil. Tout ne se résume cependant pas à cela, car nous continuons à vivre dans la chair et sommes encore faibles dans la foi […].

Dans cette « lutte amère », le croyant, dans sa vie personnelle avec Dieu, peut tout à fait trouver des occasions de jeûner. Ce pourrait être un des nombreux éléments susceptibles de fortifier la vie des disciples de Christ23.

C’est vrai. La présence du Marié, par son Esprit, dans le triomphe du pardon et de la communion, n’ôte pas tout intérêt au jeûne elle le renouvelle.

LE JEÛNE, EXPRESSION D’UN « CONTENTEMENT INSATISFAIT »

Le jeûne chrétien est un acte de foi. En tant que tel, il exprime un contentement insatisfait dans la pleine suffisance de Christ. Il est l’expression d’une aspiration, joyeuse et assurée, à la plénitude pleinement satisfaisante de Christ. Le jeûne chrétien n’espère pas mériter quoi que ce soit de la part de Christ. Il ne se considère pas comme une source des bénédictions, mais il détourne son regard de lui-même pour le porter sur le Calvaire.

C’est là que le prix a été définitivement payé. C’est de là que le chrétien reçoit toute bénédiction présente et à venir. Le jeûne chrétien n’est pas une discipline personnelle cherchant à mériter plus de la part de Dieu. C’est une faim de Dieu, éveillée par l’avant-goût accordé gratuitement dans l’Évangile.

LE JEÛNE CHRÉTIEN AFFIRME QUE LA NOURRITURE EST UNE BONNE CHOSE

Les avertissements de Paul ne concernent donc pas les chrétiens qui jeûnent, mais plutôt ceux qui détournent le but du jeûne: Dieu a créé les aliments « pour qu’ils soient pris avec reconnaissance par ceux qui sont croyants et qui ont connu la vérité. Tout ce que Dieu a créé est bon et rien ne doit être rejeté, pourvu qu’on le prenne dans une attitude de reconnaissance, car cela est rendu saint par la parole de Dieu et la prière » (1 Timothée 4: 3-5).

Paul souligne que la nourriture est une bonne chose, et il se réjouit que les chrétiens soient libres d’en jouir; il ne dit rien contre le jeûne chrétien. Les chrétiens disent oui à tout bienfait et tout don parfait qui viennent d’en haut, du Père des lumières (Jacques 1: 17).

Lorsque vous jeûnez, vous n’êtes pas en train de dire non aux bonnes choses, à la nourriture, ou à la générosité de Dieu qui pourvoit. C’est plutôt une façon de dire, de temps en temps, que regarder celui qui donne est plus important qu’obtenir ses dons. Imaginez qu’un mari et son épouse décident de renoncer pour un temps aux relations sexuelles afin de s’attaquer sérieusement à un problème qui les oppose. En « jeûnant » ainsi, sont-ils en train de condamner la sexualité? Pas du tout. Ils proclament au contraire la supériorité de l’amour.

La nourriture est une bonne chose, mais Dieu est bien meilleur. En temps normal, nous rencontrons Dieu dans ses dons et chaque fois que nous nous en réjouissons, nous l’adorons et le louons avec reconnaissance. Mais de temps à autre, nous avons besoin de nous mettre à l’épreuve pour vérifier que nous n’avons pas commencé à aimer les cadeaux de Dieu plus que Dieu lui-même.

LE JEÛNE CHRÉTIEN N’EST PAS UNE « RELIGION DE LA VOLONTÉ »

Le jeûne peut devenir une pratique centrée sur soi-même lorsqu’il met en avant ses efforts personnels et sa force de volonté. C’est un danger dont Paul était conscient mais qui ne remet pas pour autant en cause la valeur du jeûne. Paul prévient qu’il existe un jeûne qui se manifeste par « une dévotion rigoureuse, des gestes d’humiliation et l’assujettissement du corps à une sévère discipline », mais un tel jeûne n’a « aucune valeur, sinon pour satisfaire des aspirations tout humaines » (Colossiens 2: 23 – BDS).

Autrement dit, ce jeûne est une « religion de la volonté24 »: il nourrit l’orgueil spirituel de la chair tout en soumettant ses appétits physiques.

Le jeûne chrétien se situe à l’exact opposé de cela. Le jeûne chrétien passe de la pauvreté d’un esprit brisé et contrit à un doux contentement dans la grâce abondante de Christ pour se diriger vers le désir et un plaisir toujours plus grand de la grâce inépuisable de Dieu. Le jeûne chrétien ne conforte pas l’orgueil, car son attitude ressemble plutôt à celle d’un enfant. Il se repose, satisfait et content, sur la justification accomplie une fois pour toutes par Dieu en Christ, tout en aspirant à connaître toute la plénitude de Dieu qu’il est possible de vivre ici-bas.

Le jeûne chrétien est le résultat de ce que Christ a déjà fait pour nous et en nous. Ce n’est pas notre exploit, mais le fruit de l’Esprit. Rappelez-vous que le dernier fruit de l’Esprit de la liste est « la maîtrise de soi25 » (Galates 5: 23).

TOUTE NOURRITURE EST PERMISE, MAIS PAS TOUJOURS UTILE

Qu’est-ce que tout cela signifie en pratique? Paul était libre de jeûner ou de ne pas jeûner. « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile; tout m’est permis, mais je ne me laisserai pas dominer par quoi que ce soit » (1 Corinthiens 6: 12). L’acte de jeûner en lui-même n’est pas la chose essentielle. Jeûner – ou ne pas jeûner – pour la gloire de Dieu, c’est cela l’essentiel: « Celui qui mange de tout, c’est pour le Seigneur qu’il le fait, puisqu’il exprime sa reconnaissance à Dieu. Celui qui ne mange pas de tout le fait aussi pour le Seigneur, et il est reconnaissant envers Dieu » (Romains 14: 6).

Le jeûne glorifie Dieu quand il est vécu comme un cadeau divin dont le but est de mieux connaître Dieu, et de davantage trouver notre plaisir en lui. Dieu est d’autant plus glorifié en nous lorsque nous cherchons, dans notre manière d’agir, à rechercher en lui notre plus grande satisfaction. Nous pouvons accomplir cela en mangeant avec reconnaissance, ou en jeûnant avec reconnaissance. Ses nombreux dons créent en nous une faim de Dieu, et le jeûne de ses dons met cette faim à l’épreuve.

LE CHRÉTIEN DOIT-IL TRAITER DUREMENT SON CORPS?

Il est erroné d’affirmer sans aucune réserve (comme le fait Keith Main) que « Paul détourne délibérément l’attention des disciples du jeûne et de toute autre forme d’ascétisme, en faveur de la prière, du service, et du travail pour le royaume26 ». Je suis d’accord avec la dimension positive de la seconde partie de la phrase, mais pas avec celle, négative, de la première partie. Je dirais que Paul dirige justement notre attention vers le jeûne et bon nombre d’autres pratiques d’abnégation, non pas pour obtenir des mérites via ces rituels religieux, non comme des buts en soi, mais comme des armes dans le combat de la foi.

Lorsque Paul fait la liste de ses épreuves, il mentionne le jeûne à deux reprises: « J’ai connu le travail et la peine, j’ai été exposé à de nombreuses privations de sommeil, à la faim et à la soif, à de nombreux jeûnes, au froid et au dénuement » (2 Corinthiens 11: 27; cf.2 Corinthiens 6: 5).

Paul est cohérent avec sa façon de maîtriser les appétits de son corps. « Moi donc, je cours, mais pas comme à l’aventure; je boxe, mais non pour battre l’air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le discipline, de peur d’être moi-même disqualifié après avoir prêché aux autres » (1 Corinthiens 9: 26-27). Ce qui signifie, je suppose, que Paul considérait certaines disciplines ascétiques comme des armes utiles dans le combat de la foi.

Rester fermement attaché à Christ par la foi est la clé pour éviter d’être « disqualifié ». C’est ce qui ressort clairement, par exemple, de Colossiens 1: 22-23: Christ va un jour nous faire paraître devant Dieu saints, sans défaut et sans reproche, « mais il faut que vous restiez fondés et inébranlables dans la foi, sans vous détourner de l’espérance de l’Évangile ». La foi persévérante est la clé qui nous permettra d’être acceptables devant Dieu au dernier jour.

Selon Paul, « traiter durement son corps » est une des armes dans le combat de la foi. Il n’était pas sans savoir que les désirs du corps sont aussi délicieux que trompeurs: « le vieil homme […] se détruit sous l’effet de ses désirs trompeurs » (Éphésiens 4: 22). La nature de cette tromperie est de nous entraîner subtilement à vivre pour la « jouissance éphémère » du corps et de l’esprit. Dans quel but? Pour nous détourner des délices spirituels que sont connaître et servir Dieu. Ces jouissances sont innocentes au départ: quel plaisir de manger, de lire un bon livre, de se détendre ou de jouer! Mais quand nous recherchons ces jouissances comme une fin en soi, elles étouffent notre faim spirituelle de Dieu.

Paul traite durement son corps afin de se mettre à l’épreuve: ai-je faim de Dieu? Ma foi est-elle réelle? Ou serais-je plutôt en train de devenir esclave du confort et des plaisirs du corps? La passion de son cœur est perceptible: « je ne me laisserai pas dominer par quoi que ce soit » (1 Corinthiens 6: 12). Cela ne ressemble pas à l’orgueil d’une stoïque exaltation du moi. C’est la résolution passionnée de résister à tout ce qui peut séduire le cœur et l’éloigner d’une satisfaction en Dieu qui domine tous les domaines de la vie.

Il y a quelques années, je venais de terminer de prêcher sur le jeûne et la prière, quand un jeune homme est venu me voir. Il m’a raconté une histoire qui illustre bien comment un traitement dur infligé au corps, associé à la prière, peut préparer une personne au ciel. J’avais mentionné l’Église de Corée du Sud comme modèle dans ce domaine. C’est ce qui a conduit le jeune homme à venir me parler à la fin du culte:

J’ai grandi sur le champ missionnaire coréen. C’est là qu’une expérience est restée gravée à tout jamais dans mon esprit. Elle témoigne du dévouement et des sacrifices qui caractérisent la vie de prière et de jeûne en Corée. Mon père travaillait dans une colonie de lépreux. Ses collègues et lui se réunissaient pour prier à 4 heures du matin. Je n’étais qu’un petit garçon, mais mon père m’emmenait avec lui. Il me réveillait à 3 h 30 pour arriver à l’heure. Il m’asseyait au fond de la pièce, d’où je pouvais apercevoir l’entrée. Je n’oublierai jamais un homme en particulier: il n’avait ni jambes ni béquilles et utilisait ses mains pour ramper sur le sol. Il se traînait ainsi tous les matins afin d’être présent pour la prière. À 4 heures du matin. Je ne l’oublierai jamais.

Se lever tôt est une forme de jeûne. Et venir prier quand c’est compliqué de venir en est une autre. Quand nous faisons de tels choix, nous entrons en guerre contre la duplicité de nos désirs. Nous proclamons que la prière est plus précieuse que tout. Nous proclamons que Dieu vaut mieux que tout le reste.

LE JEÛNE EST-IL UNE PRATIQUE CHRÉTIENNE?

Le jeûne est-il une pratique chrétienne? Il l’est s’il découle de la confiance en Christ, s’il est nourri par la puissance de Christ et si son but est la gloire de Christ. Au-dessus de tout jeûne chrétien, devraient planer ces mots: « Je considère même tout comme une perte à cause du bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur » (Philippiens 3: 8).

Dans le jeûne, comme dans toutes autres privations, chaque perte a pour but de « gagner Christ ». Mais cela ne signifie pas que nous cherchons à gagner un Christ que nous n’avons pas. Cela ne signifie pas non plus que nos progrès dépendent de nous. Quatre versets plus tard, Paul expose clairement la dynamique de la vie chrétienne tout entière, y compris celle du jeûne: « mais je cours pour tâcher de m’en emparer, puisque de moi aussi, Jésus-Christ s’est emparé » (Philippiens 3: 12).

Telle est l’essence du jeûne chrétien: nous souffrons, et soupirons – et jeûnons – car nous aspirons à connaître toujours mieux ce que Dieu a en réserve pour nous en Jésus. Mais ce n’est possible que parce qu’il s’est déjà emparé de nous et qu’il nous conduit toujours plus loin et plus haut vers « toute la plénitude de Dieu ».

Ma prière pour l’Église est que Dieu puisse éveiller en nous une faim renouvelée pour lui: un jeûne nouveau. Non parce que nous n’avons jamais goûté au vin nouveau de la présence de Christ, mais précisément parce que nous y avons goûté, et que nous aspirons, avec une profonde et joyeuse souffrance dans l’âme, à connaître davantage sa présence et sa puissance au milieu de nous.

Cet article est extrait de Jeûner, chapitre 1, de John Piper. 

 

19C’est la raison pour laquelle le livre de George Ladd est intitulé La Présence du futur (cf. note 11).

20J’ai tenté de décrire cette forme unique et spécifiquement chrétienne de dépendance, le fait que la grâce de Dieu future dépende de la grâce de Dieu passée, dans The Purifying power of living by faith in future grace, Sisters: Multnomah, 1995, chap. 7-9.

21Cette compréhension de la foi est développée et défendue bibliquement dans Future Grace, op. cit., chap. 14–16.

23Ibid., p. 84.

24Le terme grec, rare, utilisé dans cette phrase (ethelothrêskia) semble impliquer que l’origine et la permanence de cette « adoration » ou « religion » se trouve dans la volonté de l’homme, plutôt que dans la grâce de Dieu. C’est ce qui se passe quand on ne « s’accroche pas à la tête », c’est-à-dire à Christ, comme source de toutes choses.

25Le terme renvoie principalement à la « continence » sexuelle. Mais son usage en 1 Corinthiens 9: 25 dénote un sens plus large, un sens de discipline dans tous les domaines de la vie: « Tout athlète doit exercer la maîtrise de soi en toutes choses ».