Voici la deuxième partie d’un témoignage anonyme publié conjointement à la publication du livre Dieu et le débat transgenre, par Andrew Walker. 

Dans la première partie, l’auteur décrit comment son envie de s’habiller en femme, d’abord un simple jeu d’enfant, est devenu le lourd secret d’un adolescent rongé par la honte. S’il s’est senti à l’aise parmi ses amis à l’université, leur acceptation ne lui a pas permis d’assouvir un désir qui ressemblait de plus en plus à un piège. Et puis, quelque chose a changé…

Je me suis rendu dans une église qui enseignait fidèlement la Bible… sans réellement en avoir envie. Même si la confusion régnait dans ma vie privée, je m’étais toujours considéré comme chrétien. Il m’a donc paru normal de trouver une église en arrivant à Londres. C’était une solution de facilité: mes amis de l’université y allaient, je les ai suivis. Je ne peux pas dire que ça a été le coup de foudre. Je l’ai visitée deux ou trois fois sans me souvenir de ce que j’y ai entendu.

Les gens étaient gentils et accueillants, mais je n’avais pas l’impression d’avoir grand-chose en commun avec eux. Ils avaient tous l’air d’être des chrétiens modèles qui ne luttaient pas avec le péché, et j’ai fini par me convaincre que leur accueil chaleureux se refroidirait bien vite s’ils venaient à apprendre ce que je portais sous mon jean. J’ai donc pris la décision de trouver une église plus petite, plus proche de mon domicile. Et peut-être un peu moins coincée.

Mais la ville de Londres était une ville dynamique et bouillonnante. Et pour la première fois, je me sentais accepté tel que j’étais. Aller à l’église n’était pas ma priorité, et deux années s’écoulèrent sans que j’y pense vraiment.

Point critique

Finalement, j’y suis retourné. À vrai dire, ce n’était pas dans mes plans, mais j’avais atteint une sorte de point critique. J’étais complètement pris dans le piège du travestisme et incapable de m’en sortir. Je savais, au plus profond de moi, que j’étais malheureux et que j’avais choisi de mettre Dieu de côté. J’ai ressenti un désir soudain d’avoir des amis chrétiens, et les seuls chrétiens que je connaissais allaient toujours dans cette même église.

J’avais prévu de rester un peu en marge – peut-être de me joindre à un groupe de maison convivial mais d’éviter les cultes. Rien ne s’est déroulé comme prévu. On a fêté mon retour comme si j’étais le fils prodigue. Les gens se souvenaient de moi et avaient prié pour moi pendant ces deux années. Et pour une raison qui m’échappait, j’ai commencé à écouter l’enseignement. C’était un cocktail irrésistible, et mon envie initiale de rester à l’écart a rapidement et miraculeusement disparue. Une fois que j’avais réellement les deux pieds dans l’église et que mes deux oreilles étaient vraiment ouvertes, les choses ont commencé à changer.

Les pièces du puzzle

Pourtant, j’avais recommencé à me cacher, au moins dans le contexte de l’église. J’étais persuadé que si les chrétiens apprenaient mon travestisme, ils se contenteraient de m’exhorter à arrêter de m’habiller en femme. Ce conseil n’aurait pas été d’une grande utilité étant donné que j’avais été incapable de m’arrêter, même lorsque je le voulais. Je continuais donc de dissimuler mon « moi véritable ».

La conséquence, c’est que personne n’abordait avec moi la question du travestisme. Mais chaque semaine, j’apprenais quelque chose de nouveau et de surprenant – sur Dieu, sur moi, sur le monde… Et petit à petit, ces nouvelles connaissances ont commencé à défaire le piège qui s’était refermé sur moi.

J’ai appris que notre cœur est trompeur et notre nature pécheresse. Ainsi, « être soi-même » est une très mauvaise idée.

J’ai appris que le monde est brisé, déchu, et maudit. Nous devons donc faire preuve de réalisme quant à notre influence sur celui-ci.

J’ai appris que nous avons tous quelque chose à cacher. Même ces chrétiens modèles exemplaires dont je pensais être entouré avaient quelque chose à cacher. De fait, ma présence à l’église n’était pas un faux-semblant. Je ne serais pas mis dehors lorsque ma vie secrète viendrait à être dévoilée au grand jour.

J’ai appris que Dieu a créé l’homme et la femme égaux, mais qu’il leur a donné des rôles distincts. J’étais donc en train de lutter contre le rôle qu’il m’avait assigné.

J’ai appris que Dieu ne commet pas d’erreur, et que sa justice exige de nous qu’on lui obéisse. Il me fallait donc considérer l’éventualité que je me trouvais dans le mauvais camp…

J’ai appris que le péché promet la liberté mais n’apporte que l’esclavage – un concept qui me semblait étrangement familier…

J’ai appris bien d’autres choses encore

J’étais persuadé que mon identité était ancrée dans mon apparence, mon ressenti, ou ma garde-robe. J’ai appris que mon identité était en Christ. Je pensais que l’exil consistait à m’habiller en femme dans le secret de ma chambre. J’ai appris que tous les chrétiens sans exception sont des exilés et des étrangers sur cette terre. Je m’étais imaginé que Dieu ne voulait pas que je connaisse des difficultés. J’ai appris ce qu’étaient le combat spirituel, le but de la souffrance, et la liberté que l’on expérimente en renonçant à soi-même et en se chargeant de sa croix. J’ai appris qu’être chrétien implique de se repentir et de changer.

Après avoir passé plusieurs décennies à écouter des mensonges, j’entendais enfin la vérité, et elle me rendait véritablement libre. Au final, c’était presque un non-événement: il n’y a pas eu de bataille héroïque, de moment décisif où j’ai triomphé, ni de feu de joie pour célébrer ma victoire alors que j’avais réussi à affronter mes démons et à brûler tous mes soutien-gorges. Il s’agissait d’une mission de sauvetage, pas d’une conquête. Le piège s’est dissous au fur et à mesure que la vérité s’est mise à l’œuvre dans mon cœur. Je me travestissais de moins en moins, et puis plus du tout. Peu de temps après, j’ai empaqueté toute ma garde-robe alternative dans des grands sacs poubelles qu’un ami de l’Église a déposés dans un magasin solidaire. C’était il y a dix ans, et je n’ai pas porté de soutien-gorge depuis, grâce à Dieu. J’en suis tellement, tellement heureux.

Ma vie pour Christ

L’un de mes amis a trouvé dommage que j’écrive ce témoignage de manière anonyme. Il a pensé que je devais encore me cacher, que certains chrétiens étroits d’esprit ou critiques m’avaient peut-être intimidé afin que je garde le silence. Mon expérience, néanmoins, a été toute autre. Évidemment, j’ai appris à choisir mon interlocuteur avec soin. Tout le monde n’a pas encore bien compris le désir de se travestir. Quiconque – chrétien ou non – ayant vécu une existence très protégée sera sans doute décontenancé lorsque le sujet sera abordé pour le la première fois. Il serait cruel de déballer mon passé et de s’attendre à ce que tout le monde sache comment réagir. Pour le bien de ceux qui auraient du mal à comprendre, ou qui seraient heurtés de les découvrir, je n’ai aucun problème à garder mes secrets dans la sphère privée.

Par contre, et c’est là le point crucial, je n’ai plus l’impression de me cacher moi. Si les vêtements dans mon placard pouvaient certainement en choquer certains, aucun chrétien suffisamment bien enseigné n’aurait été surpris d’apprendre qu’il y avait des cadavres dans mon placard: nous en avons tous. Le jour où j’ai enfin révélé mon lourd secret à un ami chrétien, il m’a dit ce que j’avais tant désiré entendre quand j’étais adolescent: que j’étais normal. Peut-être que personne d’autre dans l’assemblée avait un tiroir rempli de jupons, mais tous avaient été pris dans un piège similaire qui consiste à tenter d’assouvir un appétit insatiable. Il m’a encouragé à ne pas baisser les bras, il a prié pour moi, et puis il m’a invité à manger.

Voilà où j’en suis

Certaines personnes ont conscience de mon passé, d’autres non. Si je n’en parle pas souvent, c’est parce que – miraculeusement – ce n’est plus un problème pour moi. Je partage mon histoire si c’est nécessaire, ou si elle peut aider quelqu’un. Cependant, tous les membres de ma famille d’Église n’ont pas besoin, ou pas envie, de connaître les détails. La Bible me dit qui je suis: un pécheur au passé honteux et à l’avenir glorieux, exactement comme les autres chrétiens de mon Église. Ils me connaissent, et ils m’aiment, et c’est à peu près tout.

Pendant de longues années, j’avais désiré soit remporter la victoire sur mon péché, soit être accepté malgré tout.

En Christ, j’ai obtenu les deux.

Article traduit par Loanne Procopio, avec l’aimable autorisation de The Good Book