Comment réagir à la pandémie quand on est chrétien ? Il existe plusieurs niveaux de réponse.

Tenons comptes des conseils

Premièrement, sur le plan pratique, nous serions bien avisés de tenir compte des meilleurs conseils médicaux du moment. Il arrive cependant qu’ils divergent ou suscitent plus de questions qu’ils n’y répondent, comme c’est arrivé sur certaines chaînes info.

Afin de réduire la propagation du virus, la quarantaine a été déclenchée pour les personnes les plus à risque, en particulier les personnes âgées et celles qui souffrent d’affections médicales sous-jacentes du cœur et du système respiratoire. Fait intéressant, nous apprenons dans la Bible que durant l’Antiquité, les Israélites pratiquaient également la quarantaine pour prévenir la propagation des maladies infectieuses. Dans la première partie de la Bible, l’Ancien Testament, le livre du Lévitique prescrivait même une isolation de sept jours pour certaines maladies, et une période indéfinie pour d’autres.

Ce n’est pas de l’incrédulité que de suivre ces conseils médicaux. Dieu peut nous protéger et nous guérir, mais il attend de la sagesse de notre part. Il nous a donné de nombreuses ressources, comme la médecine, à nous d’en bénéficier. Ce n’est pas être égoïste que de pratiquer la distanciation sociale. Au contraire, nous prouvons par là que nous aimons suffisamment notre prochain pour le protéger.

Ils aiment leur prochain, ceux qui, peu exposés, prennent à cœur de visiter les plus vulnérables (lorsque les circonstances et les règlements le permettent). Ils jouent un rôle essentiel en les aidant à faire leurs courses, en leur tenant compagnie, même dans un temps limité. Ils répondent là à un besoin fondamental.

Ne perdez pas le cap

C. S. Lewis a écrit un jour un article fascinant sur la façon dont les chrétiens devraient réagir face à l’existence des armes atomiques. Je le reproduis ci-dessous car je le trouve très pertinent pour notre situation. Par contre, j’ai ici et là ajouté les termes « coronavirus », « virus » ou « pandémie » pour nous faire une idée de la pertinence du texte dans notre situation (un peu imparfaitement, je l’admets, d’avance pardon) :

D’une certaine manière, nous pensons beaucoup trop à la bombe atomique [au coronavirus]: « Comment allons-nous vivre à l’ère atomique [de la pandémie]? ». Je suis tenté de répondre par une autre question: « À quoi bon? ». Si vous aviez vécu au 16e siècle, la peste sévissait à Londres presque chaque année. Vous auriez vécu à l’époque des Vikings, des pillards venus de Scandinavie pouvaient débarquer et vous trancher la gorge n’importe quand en pleine nuit. Et vous vivez bien à l’ère du cancer, de la syphilis, de la paralysie, des raids aériens, des déraillements de trains et des accidents de la route.

En d’autres termes, ne commençons pas par exagérer la nouveauté de notre situation. Croyez-moi, vous et tous ceux que vous aimez aviez déjà été condamnés à mort avant l’invention de la bombe atomique [l’arrivée du coronavirus]. Et un pourcentage assez élevé d’entre nous allait déjà mourir d’une mort brutale. Nous possédions, certes, un énorme avantage sur nos ancêtres: l’anesthésie. Mais nous l’avons toujours. Il est parfaitement ridicule de se mettre à gémir et à faire la grimace parce que les scientifiques ont ajouté une option de plus à toutes les façons prématurées et douloureuses que nous avons de mourir. Notre monde contient déjà plusieurs de ces options. La mort elle-même n’a rien d’une option, mais c’est une certitude.

Avant toutes choses, ressaisissons-nous. Si nous devons tous être détruits par une bombe atomique [un coronavirus], que cette bombe [ce virus] nous surprenne pendant que nous faisons des choses sensées et humaines: prier, travailler, enseigner, lire, écouter de la musique, donner un bain aux enfants, jouer au tennis, discuter avec nos amis autour d’une chope et d’un jeu de fléchettes. Qu’il ne nous surprenne pas en train de nous agglutiner les uns sur les autres, comme des moutons effrayés, l’esprit occupé par les bombes [le virus]. Elles peuvent briser notre corps (un microbe peut le faire), mais elles n’ont pas besoin de dominer notre esprit.

C’est une lecture difficile, mais elle nous rappelle que la foi chrétienne permet de voir les choses autrement.

Aimez votre prochain

Troisièmement, nous sommes appelés à aimer. Au début, j’ai énuméré quelques-unes des premières pandémies dont nous avons eu connaissance. Ce que je n’ai pas dit sur le moment, c’est que nous savons comment la communauté chrétienne y a répondu. Dans un article récent intitulé « Christianity has been handling epidemics for 2 000 years » [Le christianisme gère les épidémies depuis 2 000 ans] », Lyman Stone, chercheur à l’Institute for Family Studies et conseiller auprès de la société de conseil Demographic Intelligence, a écrit ceci:

D’après les historiens, la terrible peste antonine du 2e siècle (qui aurait éliminé un quart de l’Empire romain) aurait favorisé l’expansion du christianisme. Pourquoi? Parce que les chrétiens s’occupaient des malades. Ils offraient aussi un modèle spirituel, enseignant que les pestes n’étaient pas l’œuvre de divinités colériques et capricieuses, mais le produit d’une création brisée et en révolte contre un Dieu aimant.

Mais l’épidémie la plus célèbre est la peste de Cyprien, du nom de l’évêque qui en a fourni des descriptions hautes en couleurs dans ses prédications. La peste de Cyprien était probablement de type Ebola. Elle a contribué à déclencher la crise du 3e siècle dans le monde romain. Elle a aussi provoqué autre chose: Cyprien prêchait aux chrétiens de ne pas pleurer les victimes de la peste (désormais au paradis), mais de redoubler d’efforts pour prendre soin des vivants. Son confrère, l’évêque Dionysius, a décrit comment les chrétiens, « bravant le danger […] ont pris en charge les malades et se sont occupés de répondre à tous leurs besoins ».

Les croyants n’ont pas été les seuls à constater l’attitude des chrétiens face à la peste. Un siècle plus tard, l’empereur Julien, farouchement païen, se lamentait de la façon dont « les Galiléens » s’occupaient des malades, même non chrétiens. L’historien de l’Église Pontianus racontait comment les chrétiens veillaient à ce que « du bien soit fait à tous, et pas seulement à l’intérieur de la maison de la foi ». Selon Rodney Stark, sociologue des religions, le taux de mortalité dans les villes où se trouvaient des communautés chrétiennes était beaucoup plus faible qu’ailleurs – peut-être moitié moins.

Cette tendance à se sacrifier pour les autres a jalonné notre histoire. En 1527, lorsque la peste bubonique a frappé la ville allemande de Wittenberg, Martin Luther (fondateur de la Réforme) a refusé de fuir en lieu sûr, comme on le lui demandait instamment. Au contraire, il est resté et a soigné les malades. Son refus de fuir a coûté la vie à sa fille Elizabeth, mais il a aussi donné naissance à un fascicule intitulé « Les chrétiens doivent-ils fuir la peste ? ». Luther y fournissait une argumentation claire de la réponse chrétienne face à l’épidémie:

Nous mourons en tenant nos postes. Les médecins chrétiens ne peuvent pas abandonner leurs hôpitaux. Les gouverneurs chrétiens ne peuvent pas fuir leurs districts. Les pasteurs chrétiens ne peuvent pas délaisser leurs congrégations. La peste ne dissout pas nos devoirs, elle les transforme en croix sur lesquelles nous devons être prêts à mourir.

L’article de Stone se termine par la déclaration suivante:

Si les chrétiens recherchent de bonnes conditions hygiéniques et sanitaires, ce n’est pas pour se préserver eux-mêmes, mais à cause de leur éthique: servir leur prochain. Nous souhaitons prendre soin des affligés, ce qui signifie avant tout de ne pas infecter les personnes en bonne santé. Les premiers chrétiens ont créé les premiers hôpitaux d’Europe. Il s’agissait de bâtir des endroits salubres pour y prodiguer des soins durant la peste. Ils savaient que le fait de propager la maladie par négligence équivalait à commettre un meurtre.

Il ne s’agit certainement pas d’ignorer les mesures prises pour ralentir la propagation de l’infection. Nous ne devrions pas nous exposer (et donc exposer les autres) à des risques inutiles, en particulier dans les situations où nous sommes obligés de nous isoler ou si nous nous trouvons dans des endroits de confinement imposé.

Ces textes disent que nous devrions chercher des moyens d’aimer les autres, même si cela nous coûte. En effet, c’est ainsi que Dieu a aimé chaque chrétien, dans la personne de son Fils, en mourant pour eux sur la croix. Aimer son prochain, c’est aussi éviter cette attitude égoïste et hystérique, à l’égard de la nourriture et des produits de première nécessité, qui conduit à vider les magasins sans rien laisser à notre prochain.

Se souvenir de l’éternité

Cette façon de voir les choses permet de souligner un aspect de l’héritage chrétien rarement abordé.

Quatrièmement, les chrétiens ont besoin de se souvenir de l’éternité. Les premiers chrétiens, vivaient dans un monde dangereux. Ils étaient entourés de toutes sortes de menaces. L’espérance de vie était relativement courte. C’est dans ce contexte qu’ils ont reçu la force de vivre avec abnégation. Ils ont ainsi contribué au bien-être des autres, par le simple fait qu’ils possédaient une espérance réelle et vivante qui allait perdurer bien après la tombe.

C. S. Lewis a écrit à ce sujet dans des termes qui ont gardé toute leur actualité:

Un livre sur la souffrance qui ne dit rien sur le ciel laisse de côté tout un pan du sujet.

L’Écriture et la tradition font peser de tout leur poids les joies du ciel face aux souffrances de la terre. Une solution au problème de la souffrance qui n’en tiendrait pas compte n’a rien de chrétien. De nos jours, nous parlons du ciel du bout des lèvres. Nous avons peur que l’on se moque de nous, qu’on nous dise que ce ne sont que des promesses en l’air. Eh bien, soit ces promesses se réaliseront effectivement au paradis, soit le paradis n’existe pas.

Si le paradis est une chimère, alors le christianisme est faux, car cette doctrine en fait partie intégrante. Si le paradis existe, alors cette vérité, comme toute autre, doit être assumée.

L’apôtre Paul, un pionnier de la chrétienté, n’a pas eu honte de faire part de ses convictions et de sa confiance en l’avenir:

J’estime d’ailleurs qu’il n’y a aucune commune mesure entre les souffrances de la vie présente et la gloire qui va se révéler en nous.

Oui, j’en ai l’absolue certitude: ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni ce qui est en haut ni ce qui est en bas, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous arracher à l’amour que Dieu nous a témoigné en Jésus-Christ notre Seigneur.

Romains 8 : 18, 38-39

Ce ne sont pas les mots d’un philosophe de salon, bien installé dans son bureau, mais ceux d’un homme éprouvé, qui a connu ce que la vie comporte de plus rude et de plus douloureux. Paul a été injustement battu et emprisonné à plusieurs reprises. Il a parfois été laissé pour mort et a rencontré beaucoup de privations et de difficultés.

Comme Paul, il m’arrive d’imaginer à quoi ressemblera ce royaume céleste glorieux. Imaginons que le voile entre le visible et l’invisible se lève un instant et nous dévoile la situation actuelle des myriades de chrétiens qui sont morts. (Qu’ils soient morts cruellement persécutés par des gouvernements, seigneurs de la guerre et barons de la drogue… ou en innocentes victimes de catastrophes naturelles et de pandémies.) Alors, sachant tout ce que nous savons sur Jésus-Christ, est-ce que toutes nos préoccupations sur la façon dont Dieu gère la situation ne s’évanouiraient pas en un instant? Nous n’avons pas encore atteint cet autre monde, mais nous sommes porteurs d’un message à son sujet. Un message de sa part. Un message que ce monde angoissé, infecté par le virus, a désespérément besoin d’entendre.