L’Écriture seule, la foi seule, la grâce seule, Christ seul, la gloire à Dieu seul - ces cinq principes ne sont pas de simples querelles théologiques du passé. Ils sont le cœur même de l’Évangile et restent d’une actualité brûlante.

Dans le catholicisme, malgré des évolutions positives, les divergences fondamentales demeurent. Les indulgences, la médiation des saints, le rôle salvifique des sacrements (c’est-à-dire, qui participe au salut), l’autorité du Magistère – tout cela persiste et continue de voiler la simplicité de l’Évangile.

Dans le protestantisme évangélique, de nouvelles dérives apparaissent maintenant. L’évangile de prospérité transforme la grâce en commerce. Le sensationnalisme remplace la Parole par l’expérience. Des leaders à la personnalité charismatique deviennent des gourous intouchables. La théologie se dilue dans le sentimentalisme.

Dans notre société, le relativisme ambiant pousse les Églises à adapter leur message plutôt qu’à le proclamer fidèlement. La pression culturelle érode les convictions. Le désir de plaire l’emporte sur la fidélité à la vérité.

Vers une réforme permanente

La Réforme n’est pas l’œuvre d’un homme ni d’une époque. Luther et Calvin, malgré leurs contributions essentielles, avaient leurs défauts graves – l’antisémitisme de Luther reste une tache indélébile sur sa trajectoire. Zwingli, champion de la liberté de conscience, a paradoxalement orchestré le massacre d’anabaptistes en grand nombre, ce dont s’est réjoui Théodore de Bèze, en flagrante contradiction avec le message du Christ.

Ces faiblesses humaines soulignent précisément pourquoi la réforme doit être permanente. L’apôtre Paul nous exhorte : « Examinez-vous vous-mêmes, pour voir si vous êtes dans la foi » (2 Corinthiens 13.5). Pierre avertit : « Il y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront insidieusement des hérésies » (2 Pierre 2.1).

J’ai plus de 40 ans de vie chrétienne, dont plus de 30 ans dans le ministère. J’ai fait tellement d’erreurs. Je suis reconnaissant pour les mentors que Dieu a mis sur mon chemin pour me recadrer et me faire revenir à la foi « transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3). L’apôtre Paul encourage son protégé Timothée et lui écrit : « Si je tarde, tu sauras ainsi comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité » (1 Timothée 3.15). L’Église n’invente pas de doctrine. Elle la découvre dans l’Écriture et la formule. C’est dans sa réception par le peuple de Dieu et par l’approbation de ses serviteurs que l’enseignement se révèle fiable.

La question n’est donc pas de savoir si la Réforme est encore nécessaire, mais plutôt: sommes-nous prêts à nous examiner honnêtement? Acceptons-nous de confronter nos traditions à l’Écriture? Osons-nous revenir aux fondamentaux quand nous nous en écartons?

L’Écriture seule? La foi seule? La grâce seule? Christ seul? La gloire à Dieu seul? Dès que nous faisons un pas dans une autre direction, une réforme s’impose. C’est l’essence même de la vie chrétienne : un retour constant à la source, une vigilance perpétuelle, une humilité qui accepte la correction.

La Réforme n’est pas un événement historique à commémorer, mais un état d’esprit à cultiver. Elle reste d’actualité parce que l’Église, composée d’humains faillibles, aura toujours besoin de se réformer selon la Parole infaillible de Dieu. Ecclesia reformata, semper reformanda: l’Église réformée doit toujours se réformer. C’est notre appel permanent.

Extrait du livre Ce que chaque chrétien devrait savoir sur le catholicisme paru chez BLF Éditions le 17 septembre 2026.

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