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# Abraham, son fils et le choix qui se présente à nous
- URL: https://www.blfeditions.com/abraham-son-fils-et-le-choix/
- Published: 2024-06-11T06:58:41.000Z
- Updated: 2024-07-02T16:50:41.000Z
- Author: Jonathan Conte
- Tags: Article, Vie chrétienne

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**Avant de commencer ce chapitre, prenez le temps de lire Genèse 12.1-9 et 22.1-19 dans votre Bible.**

En France, nous avons plus de 1200 variétés de fromages. Ils sont faits de pâte fraîche, molle, cuite, pressée ou persillée. Certains ont des odeurs enivrantes, d’autres, répugnantes. Ils sont doux ou très forts en bouche. Cette grande diversité permet de satisfaire des amateurs aux goûts multiples. Chacun peut trouver celui qui lui convient.

Notre histoire reprend en Mésopotamie, dans la ville d’Our. Plusieurs siècles se sont écoulés depuis la tour de Babel et les hommes se sont organisés. Différentes villes et différentes cultures sont apparues, et, avec elles, une grande variété, non pas de fromages, mais de divinités. Ce large panthéon permet à chacun de choisir et d’adorer le dieu qui lui convient le mieux. Comme on choisit un fromage après une lecture attentive de la carte du restaurant, les hommes de cette époque inventent et choisissent des dieux sur mesure pour les satisfaire. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à les mettre en compétition les uns avec les autres pour déterminer le plus puissant.

À Our, c’est Nannar, le dieu-lune, qui est vénéré. Une fois encore, les hommes font fausse route: ils adorent la création au lieu du Créateur. Mais Dieu relève le défi de se faire connaître comme le seul vrai Dieu. Tout au long de l’histoire, il démontre sa supériorité sur les autres dieux, et continue à dérouler son plan de sauvetage de l’humanité. C’est dans ce but qu’il va se révéler à un homme en particulier: Abraham.

### DIEU SE RÉVÈLE

Imaginez que mon fromage du [chapitre précédent](https://toutpoursagloire.com/article/le-deluge-et-mes-experiences-fromageres?ref=blfeditions.com) n’ait pas moisi et qu’il ait été commercialisable. Il aurait fallu lui trouver un nom, un packaging et un slogan accrocheur pour que les amateurs s’y intéressent. D’une certaine manière, il en est de même pour Dieu à ce stade de notre récit; il n’est pas une « marque déposée » bien identifiée. À quelques exceptions près, peu de personnes le connaissent. Alors, pour être identifiable parmi toutes les fausses divinités, il décide de lier son image à celle d’une famille, celle d’Abraham.

Pour le reste de l’humanité, ce choix est une chance de reconnaître Dieu comme le seul vrai Dieu en observant ce qu’il accomplit pour Abraham et sa famille. Le Psaume 67, écrit par un descendant d’Abraham, témoigne du rôle particulier confié à cette famille:

> Que Dieu nous fasse grâce! Qu’il nous bénisse! Qu’il nous regarde avec bonté, afin que sur la terre on reconnaisse comment tu interviens, et que chez tous les peuples on voie comment tu sauves! Psaumes 67.2-3

Dès lors, Dieu associe son nom à Abraham et à sa descendance. Pour les siècles à venir, il choisit de se présenter non plus seulement comme le Créateur, le Tout-Puissant et le Dieu au-dessus de tous les autres, mais aussi comme le Dieu de certains hommes: Abraham d’abord, mais aussi ses descendants, Isaac et Jacob (Genèse 26.24; 28.13; Exode 3.6; 4.5; 1 Rois 18.36; Matthieu 22.32).

Ainsi, Dieu se révèle à l’humanité au travers d’un homme et de sa famille. Mais à Abraham, le Créateur se présente directement, en donnant ce qui s’apparente le plus à un nom. En Genèse 15.7, il dit à Abraham: « Je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Our. » Dans ce verset, « l’Éternel » est en réalité une traduction approximative de quatre consonnes: YHWH. Elles sont une forme du verbe «être» en hébreu. En traduisant «Je suis: *je suis*» ou «Je suis *celui qui est*», nous nous rendons mieux compte de ce que Dieu veut signifier à Abraham. En lui disant: «Moi, je suis celui qui est», il lui révèle l’un de ses attributs les plus importants: l’existence. Un être humain naît, vit et meurt. Avant de venir au monde, il n’existe pas. Dieu, lui, existe de tout temps, depuis toujours et pour toujours. Il n’a pas eu de commencement et n’aura pas de fin. Il était, il est et il sera. Rien ne pourra jamais l’empêcher d’être. Son existence est infinie: il est l’Éternel. Ces quatre consonnes, appelées *tétragramme*, sont considérées comme le nom propre de Dieu. C’est ce même nom que Dieu utilisera pour se présenter à Moïse quelques siècles plus tard. Il commencera par: « *Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob* » (Exode 3.6), mais ensuite, quand Moïse lui demandera son nom, il répondra: « *Je suis YHWH*» (Exode 3.14).

### DIEU PROMET

Après s’être révélé à Abraham, Dieu lui demande de quitter la terre de ses ancêtres pour se rendre au pays de Canaan. En même temps, il lui promet trois choses: (1) une descendance, (2) un pays pour cette descendance et (3) la bénédiction de toutes les nations à travers lui.

Toutefois, une incapacité physiologique semble faire obstacle à l’accomplissement de cette promesse. Abraham et sa femme, Sarah, n’ont pas d’enfants et sont trop âgés pour que ce soit encore possible. En Genèse 15, Abraham fait part de ses inquiétudes à Dieu qui lui assure à nouveau que sa descendance sera un jour aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel (Genèse 15.5). Abraham passe alors par une longue attente de plusieurs décennies le temps pour nous de réfléchir au sens de ces promesses.

Dieu a promis à Abraham un héritier, une terre et la bénédiction de toutes les nations de la terre par lui. La dernière partie de cette promesse est mentionnée à cinq reprises au moins (Genèse 12.3, 18.18, 22.18, 26.4, 28.14). Mais de quoi s’agit-il? Quelle bénédiction Dieu a-t-il prévue pour l’humanité? Nous commençons ici à entrevoir les grandes lignes de son plan de sauvetage. Notre héros n’avance pas à tâtons. En Genèse 3.15, Dieu promettait que le mal serait vaincu par la descendance de la femme. À présent, il promet à Abraham de bénir tous les peuples à travers sa descendance. Bien sûr, Dieu utilisera les descendants d’Abraham pour se faire connaître aux autres nations, ce qui sera une bénédiction pour elles. Mais plus encore, c’est au travers de ce peuple que Dieu enverra la solution définitive au péché. La vraie bénédiction promise, c’est de retrouver la vie, l’harmonie de la situation initiale où créature et Créateur sont chacun à sa place. Dieu promet que cette solution passera par Abraham (voir Galates 3.8-9).

Effectivement, après une longue attente de plusieurs décennies, Sarah tombe enfin enceinte. La promesse commence à s’accomplir.

### DIEU ÉPROUVE

Abraham est un homme choisi par Dieu, mais sa vie n’est pas pour autant un long fleuve tranquille. Il connaît plusieurs famines, des séparations douloureuses (comme celle d’avec son neveu Lot), mais aussi le rejet et l’errance, sans compter la longue attente avant l’arrivée du fils promis. Toutes ces difficultés ne sont pourtant pas des erreurs de parcours. Dieu les utilise pour faire grandir la foi d’Abraham.

Mais comment? Permettez-moi d’illustrer cela par une anecdote personnelle. Ma femme aime beaucoup l’escalade. Un jour, elle a insisté pour que je m’y essaie avec elle. D’un naturel plutôt prudent, je n’avais aucune confiance ni dans mon harnais ni dans la corde supposée me retenir en cas de chute. Alors, Lauranne m’a demandé de me suspendre dans le vide, en étant retenu uniquement par cette corde dont je doutais tant. Elle voulait que j’expérimente moi-même la qualité du matériel. L’idée était bonne puisque j’ai ensuite pu me détendre (un peu).

Bien sûr, nous ne sommes pas appelés à nous jeter dans le vide en attendant que Dieu vienne nous secourir; Jésus lui-même s’est bien gardé de le faire (voir Matthieu 4.6-7). Mais Dieu peut mettre en place des circonstances difficiles dans notre vie pour que nous expérimentions la solidité de la « corde ». S’il est à nos côtés, nous pouvons traverser toutes les épreuves.

C’est ainsi que Dieu agit avec Abraham. Il éprouve le patriarche pour que ce dernier prenne conscience de ce qui est important: la proximité avec son créateur. Comme au temps d’Adam et Ève, Dieu donne à Abraham une occasion d’exprimer par les actes son amour pour lui. Mais cette fois, il n’est pas question d’un fruit interdit. Dieu demande à Abraham de renoncer à ce qu’il a de plus cher: son fils, Isaac, l’enfant de la promesse.

Le texte qui nous rapporte cette terrible exigence se trouve au chapitre 22 de la Genèse. Voici ce que Dieu demande à Abraham: « Prends Isaac, ton fils unique, que tu aimes, \[...\] et va au pays de Moriya. Là, tu me l’offriras en sacrifice sur l’une des collines, celle que je t’indiquerai » (v. 2).

La scène est bouleversante. Ce père âgé, qui a placé tous ses espoirs dans ce fils miraculeux, doit maintenant le tuer. La demande nous semble irréaliste: pourquoi promettre, faire attendre vingt-cinq ans, accorder, pour finalement reprendre? Pourquoi Dieu demande-t-il ce sacrifice à Abraham? Il a pour- tant affirmé que la descendance promise viendrait par Isaac (voir Genèse 21.12).

Le reste du texte est très sobre. Nous essayons d’imaginer ce qu’Abraham peut ressentir: incompréhension, doute, peine, colère? Rien n’en est dit. Ce que nous savons, en revanche, c’est que dès le lendemain matin, il s’est «mis en route en direction de l’endroit que Dieu lui avait indiqué» (Genèse 22.3). La route est longue: trois jours, largement le temps de tergiverser et renoncer. Pourtant, Abraham obéit.

Une fois arrivé au lieu indiqué, il construit un autel, ligote son fils et se saisit du couteau qui mettra fin à la vie de son héritier et réduira à néant tous ses espoirs d’une descendance nombreuse. A-t-il hésité? A-t-il eu suffisamment confiance en Dieu pour croire qu’une issue favorable était possible? Oui. Hébreux 11 dit qu’Abraham a cru au point d’estimer son Créateur assez puissant pour ramener son fils d’entre les morts (Hébreux 11.19). Même sans issue visible, il fait confiance à Dieu. Alors Dieu approuve sa foi.

Au dernier moment, le Créateur intervient. Il envoie un substitut: un bélier pour qu’Abraham le sacrifie à la place d’Isaac. Oui, Dieu éprouve. Il demande beaucoup. Mais surtout, il pourvoit lui-même à ses propres exigences.

Les hommes se trompent souvent dans la perception qu’ils ont de Dieu. Pour y remédier, Dieu fait preuve de pédagogie et emploie différentes manières pour montrer qui il est. Dieu utilise cette étape de la vie d’Abraham comme une image pour se faire connaître à nous. Il est ce Dieu qui nous appelle à lui faire confiance coûte que coûte, à nous laisser à lui quelles que soient les circonstances, à être prêts à tout abandonner pour le suivre. Mais il nous donne les moyens de le faire. Et ce qu’il exige de nous, il ne s’y soustrait pas lui-même. Abraham n’a pas eu à sacrifier son fils, mais l’amour qu’il lui portait et la détresse qu’il a éprouvée illustrent bien ce que Dieu ressentira quelques siècles plus tard, quand son amour et sa justice s’exprimeront pleinement à la croix. Dieu dévoile son plan petit à petit: ici, le bélier s’est substitué au fils, mais bientôt, le Fils se substituera à tous, et cette fois, la douleur ne sera pas épargnée au Père.

### DIEU SAUVE

Nous ne savons pas bien dans quelle mesure Dieu a révélé à Abraham les détails de son plan. Dans l’Évangile selon Jean, cependant, Jésus fait cette déclaration surprenante: « Abraham \[...\] a exulté de joie à la pensée de voir mon jour. Il l’a vu et en a été transporté de joie» (Jean 8.56). Selon Jésus, Abraham aspirait à le voir venir sur terre. Cette perspective le rendait heureux. Abraham avait sans doute compris une bonne partie des intentions de Dieu, et a cru que tout se passerait conformément à ce que l’Éternel lui avait fait connaître.

Parce qu’Abraham a placé sa foi dans les promesses de Dieu, au point de tout miser dessus, il a été déclaré juste: «Abraham fit confiance à l’Éternel et, à cause de cela, l’Éternel le déclara juste» (Genèse 15.6). Abraham n’a pas cherché à préserver sa situation sociale et familiale. Il est allé jusqu’à accepter de perdre son fils. Pour Dieu, il a tout abandonné, parce qu’il savait qu’il avait déjà tout en lui.

Un choix similaire se présente à nous lorsque nous rencontrons Dieu. Si nous prétendons croire en lui mais que cette foi ne nous pousse pas à tout miser sur lui, alors nous ne croyons pas réellement. J’aurai beau jurer à un ami que je le crois capable de me rembourser, si je ne lui prête jamais d’argent, il pourra légitimement douter de la confiance que je lui accorde. De la même manière, notre foi doit se traduire par un abandon total à Dieu. Comme Abraham, nous sommes appelés à tout miser sur lui. Le pari est des plus risqués: il s’agit de vivre ou de mourir. Sommes-nous prêts à tout abandonner dans les mains du Créateur?

Abraham a fait ce choix. Il a renoncé à sa vie confortable pour devenir nomade. Il a renoncé à son propre fils pour obéir à Dieu. A-t-il eu raison d’agir ainsi? A-t-il remporté son pari? La suite de l’histoire va nous le dire.

Extrait du livre [*La plus belle de toutes les histoires*](https://www.laplusbellehistoi.re/?ref=blfeditions.com) de **Jonathan Conte** 

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