De l’art de traduire un titre de livre (1/2)

Une lectrice nous interpelle sur la traduction des titres lorsque des livres étrangers sont publiés par un éditeur : « Le titre d’un livre est très important, capital, pour capter l’intérêt du lecteur et lui donner une idée réelle, exacte, de ce que contient le livre. Pour moi, la traduction des titres est tout un art qui est très sous-estimé ».

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Vous avez raison : le titre condense un nombre important de critères tout aussi fondamentaux les uns que les autres. Il doit révéler le thème du livre sans trop en dire ; attirer l’attention sans trop en faire ; être « vendeur » tout en demeurant fidèle au contenu.

Certains titres nous paraissent évidents, d’autres nécessitent jusqu’à plusieurs heures de réflexion individuelle et en groupe. Notre objectif est toujours de rechercher le titre qui correspondra à la fois à l’intention de l’auteur étranger et à la culture francophone de nos lecteurs, et incitera ceux-ci à en apprendre davantage.

Le mieux est encore de vous donner quelques exemples tirés de nos réunions d’édition.

 

Lorsqu’une traduction littérale est évidente

Certains titres peuvent tout à fait rester très proches du titre original. Soit le titre anglais bénéficie déjà d’une large notoriété, y compris en francophonie, soit la traduction passe très bien en français. Dans ce cas, puisque l’éditeur original a déjà planché dessus, ce serait un manque de respect de recommencer le travail.

Titre original : Let the nations be glad (John Piper).

Le titre cite le Psaume 67, verset 4, sous sa forme exclamative, que l’on retrouve dans la version biblique Parole de vie. Nous avons donc pu reprendre le verset.

Titre original : Follow me (David Platt).

L’appel pressant de Jésus a beau être complexe et radical, sa formulation est d’une simplicité et d’une efficacité désarmantes. Pourquoi chercher plus compliqué ? 🙂

 

Lorsque le sous-titre n’est pas à négliger

Le sous-titre nous tire bien souvent d’affaire pour mieux souligner les subtilités du titre anglais.

Titre original : The Big picture story Bible (David Helm).

L’expression Big picture évoque un schéma d’ensemble, une idée globale de l’histoire biblique. Problème : c’est aussi un jeu de mots avec le terme picture qui signifie « image ». Le livre est en effet une succession d’illustrations racontant la grande histoire d’amour de Dieu pour les hommes.

Impossible de traduire fidèlement sans dénaturer la double intention du titre original. Nous avons alors créé un titre portant sur les illustrations, accompagnée d’un sous-titre évoquant cette idée de vision d’ensemble : « La grande promesse de Dieu » (au singulier). Le titre contenant le mot « Bible » sera à la fois vendeur et fidèle au produit (c’est effectivement une Bible pour enfants).

Titre original : Fierce women : The power of a soft warrior (Kimberly Wagner).

Littéralement, cela donnerait Femme fougueuse : la puissance d’une tendre guerrière. Incompréhensible en français : autant jeter le livre à la poubelle ! Un vrai casse-tête, ce titre ! Le contenu du livre nous a aidés. En effet, le terme fierceness [fougue, férocité] et son adjectif fierce sont utilisés près de 180 fois par l’auteure qui fait référence à leur connotation tantôt négative, tantôt positive.

Nous avons finalement opté pour Femme de caractère, le sous-titre précisant son impact positif : La force d’une combattante au cœur tendre.

Le sujet est vaste et tout vous dire maintenant alourdirait cet article. Nous verrons dans une seconde partie, deux autres cas de figure : lorsque le sujet du livre est délicat et lorsqu’une réédition bouleverse un titre déjà publié… suspens !

Quels sont, pour vous, les critères d’un bon titre de livre ?

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