Alfred Kuen : « Le texte m’amenait parfois au bord des larmes »

« La Bible ? Bien sûr que je la connais ! L’école du dimanche, le catéchisme, les leçons de religion à l’école, les cultes, j’ai suivi tout cela ! Et depuis quelques années, je la lis avec un intérêt tout neuf, ayant découvert en elle Celui qui a donné à ma vie une orientation nouvelle. »
 
C’est ce que je pensais lorsque, brutalement, ma vie a été bouleversée, mes sécurités et mes racines ébranlées par la guerre. Et voilà que je me suis retrouvé en Suisse, dans un camp de réfugiés avec des hommes issus de toute l’Europe qui avaient, comme moi, réussi à sauver leur vie. Pour la plupart d’entre eux, la seule question était : « Comment tuer le temps ? ». Avant d’être interné dans ce camp, j’avais pu passer à l’Institut Emmaüs où le directeur m’avait remis une Bible et le commentaire du Dr Pierre de Benoit sur les prophètes. J’ai pris cela comme une directive divine et me suis plongé dans l’étude et la méditation du prophète Ésaïe. Quelle découverte ! Je ne voyais pas le temps passer : huit, dix heures par jour n’étaient pas de trop. Et je me suis rendu compte de mon ignorance : une partie importante de la Bible m’était presque totalement inconnue, le contenu des livres prophétiques était scellé pour moi. Or, la prophétie occupe le tiers des Écritures ! Plus j’avançais dans mon étude et mon approfondissement de ces livres, plus je reconnaissais la vérité de la première phrase de P. de Benoit dans sa préface : « Ceux qui ignorent et négligent les trésors inestimables de la littérature prophétique de l’Ancien Testament ne se doutent pas de tout ce qu’ils perdent ».
 
L’année suivante, après avoir étudié les autres prophètes, j’ai découvert la Bible annotée. Je me suis remis à l’étude d’Ésaïe. Qui me révéla de nouveaux trésors. Ma reconnaissance était grande envers ces frères aînés qui me guidaient dans la compréhension de ces textes parfois difficiles. C’est en lisant un livre prophétique que le ministre éthiopien dit à Philippe : « Comment pourrais-je comprendre ce que je lis si je n’ai personne pour me guider et me l’expliquer » (Actes 8 : 31). Cependant, c’est le texte lui-même qui touchait mon esprit et mon cœur, m’amenant parfois au bord des larmes. Car ces écrits nous découvrent, mieux que tout autre, le cœur même de Dieu : son indignation devant les infidélités de l’homme, ses appels passionnés au repentir, sa tendresse pour ses enfants égarés, ses promesses de pardon et de rétablissement malgré l’indignité présente.
 
Les livres prophétiques contiennent certains des plus beaux textes de la littérature mondiale. Il n’existe aucun parallèle à la description du commerce de Tyr (Éz. 27) ou de l’approche des armées ennemies (Jér. 4) ou du siège d’une ville (Nah. 2). Le lyrisme de Jérémie qui se lamente sur la ruine de Jérusalem surpasse celui de tous les poètes antiques, et le tableau de l’avenir glorieux de l’humanité tel que nous le trouvons en Ésaïe 11 et 65 reste inégalé. Mais ce sont surtout les textes relatifs au Messie qui sont d’une beauté et d’une précision incomparables (Ésaïe 7:14-15; 9:5-6; 11:1-5; 42; 53; Michée 5:1-3; etc.).
 
Cependant, ces livres importants, chargés de richesses incomparables, ne sont pas d’un abord facile : ils fourmillent d’allusions à des peuples disparus, à des événements inconnus. On comprend que beaucoup de croyants se contentent de les parcourir pour glaner çà et là quelque pensée édifiante ou quelque promesse directement applicable à notre temps. Comment parvenir jusqu’aux trésors cachés dans ces livres ?
 
Beaucoup d’obstacles liés au vocabulaire et au style ont été surmontés dans les versions modernes. Prophétie vivante s’est efforcée de bénéficier des clartés que ces versions ont répandues sur le texte. Les noms de lieux et de personnes, les allusions à des coutumes ou des événements contemporains de l’auteur sont expliqués en note. Enfin, une introduction au contexte historique de l’époque des prophètes situera l’histoire d’Israël et de Juda par rapport à celle des peuples environnants. L’introduction particulière à chaque prophète permettra d’insérer son message à sa place dans cette histoire générale à laquelle on pourra toujours se référer.
 
[…] Nous conclurons avec P. de Benoit : « Lisez les prophètes : vous serez abondamment récompensés. Votre vie sera enrichie, votre sentier s’illuminera. Leurs avertissements, leurs exhortations sont encore de saison. Votre foi sera fortifiée en constatant combien de leurs prédictions se sont déjà accomplies. Les autres, celles qui attendent encore leur accomplissement, éclairent l’avenir et nous aident à comprendre les grands desseins du Dieu vivant. Lisez-les attentivement et avec suite. Lisez-les en priant ».
 
Alfred Kuen
 
Extrait de l’introduction à Prophétie vivante, BLF Éditions.

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